Jérôme Wybon : interview

Encore aujourd’hui, certains éditeurs proposent un contenu éditorial plus ou moins fouillé. Cela passe par la recherche de documents d’archives, des interviews, et au final, la conception au sens large de documentaires ou autres Making Of. Et comme il n’y a pas que Laurent Bouzereau dans la vie, nous avons demandé à Jérome Wybon en quoi consistait son travail « d’archéologue du cinéma » et comment il réalisait ses nombreux Making Of.

  • Peux-tu nous présenter ton histoire : ton background, tes gros projets passés, ton coeur de travail ?

J’ai fait des études de montage et ai été assistant de production sur l’émission Destination Séries, avec Alain Carrazé et Jean-Pierre Dionnet, sur Canal Jimmy pendant deux saisons. Je chroniquais aussi des DVDs dans la presse spécialisée de l’époque, et la transition vers la réalisation de bonus DVD s’est faite presque naturellement vers 1999-2000.

  • Quel serait le titre qui correspond plus à ton travail ? Archiviste ? Documentariste ?

Archéologue du cinéma peut-être… Parce que j’aime ouvrir les vieux cartons pleins de poussière, ces cartons où sont conservés des négatifs photos qui n’ont pas vu la lumière du jour depuis cinquante ans, ou des archives filmées rares ou inédites. Mais surtout, j’aime faire parler les talents, les artistes, les techniciens sur des films dont personne n’a jamais vraiment évoqué le tournage jusque là. J’aime beaucoup ce que j’ai fait sur Mélodie en sous-sol, Un Singe en Hiver ou Le Clan des Siciliens, mais je préfère le documentaire sur Le Président, un film moins populaire du duo Verneuil-Gabin, dont le tournage a été moins raconté. Mais sur Le Clan, un film dont le tournage s’est passé sans encombre et où toutes les anecdotes sont connues depuis des années, on pourrait se dire qu’il n’y a finalement pas grand-chose à raconter. Pourtant, rien que le fait qu’il a été tourné en deux langues, élément peu connu jusqu’ici, était pour moi l’élément le plus intéressant à développer, le reste étant plus balisé.

  • Quelles sont tes méthodes de travail habituelles quand tu travailles sur un documentaire ? Où cherches-tu le matériel ? Qui contactes-tu ?

Il y a les pistes connues comme l’INA ou les archives Gaumont Pathé, mais il faut surtout savoir chercher, visionner pendant de longues heures des archives pas toujours complètement identifiées et c’est ainsi qu’on trouve des choses rares. Il y a eu par exemple le seul entretien filmé entre Georges Delerue et Philippe de Broca alors qu’ils préparent L’Africain. Le plus long, ce sont les archives radiophoniques. Sur Un Singe en Hiver, j’ai découvert une émission de radio de 1970 qui est en fait une Masterclass dans un cinéclub parisien où, juste après une projection du film, Henri Verneuil, Jean Gabin et Paul Frankeur répondent avec plaisir aux questions des spectateurs. Les propos les plus intéressants ont été inclus dans le documentaire Ivresse à Tigreville. Je crois que c’est l’une des très rares fois où Gabin commente un de ses films et en dit du bien.

  • Combien de temps cela te prend-il habituellement pour compléter un documentaire ? Est-ce que c’est une affaire de semaines, de mois ?

Il n’y a pas de règles. On peut boucler un documentaire en un mois, ou prendre six mois (comme sur L’Homme de Rio). Les éditeurs changent aussi parfois leur planning, décalant des sorties parce que le matériel HD n’est pas prêt, et des projets sont alors mis en stand-by. Et parfois, je tourne avec un réalisateur une interview pour un film dont le Blu-ray sort dans quelques mois, mais on met aussi en boite un autre film, prévu l’année suivante.

  • Je suppose qu’il arrive parfois que tout ne se passe pas comme prévu, en bien comme en mal. Quelles ont été les bonnes et moins bonnes surprises que tu as rencontrées ?

Je me souviens qu’en cherchant les bandes-annonces originales des Parents terribles et de L’Aigle à deux têtes, nous sommes tombés sur des images rares dont personne ne soupçonnait l’existence : les essais d’actrice avec Jean Marais pour Les parents terribles. 15 minutes inédites, sans doute uniquement vues par Cocteau en 1948. En visionnant les images pour la première fois, j’ai été surpris de ne pas reconnaître certaines actrices qui donnaient la réplique à Jean Marais. En scrutant image par image les claps, j’ai heureusement pu retrouver les noms des interprètes féminines. Ainsi, Jean Marais donne la réplique à Germaine Dermoz, pour un rôle finalement tenu par Yvonne de Bray. Il y a aussi Marie Déa dans un rôle finalement tenu par Josette Day. Enfin, il y a quelques images montrant des essais lumière avec Jean Marais, essais muets bien naturellement. Ces images ont été proposées pour la première fois sur le DVD des Parents terribles.

Sur Le Nom de la rose, en fouillant dans la fameuse grange de Jean-Jacques Annaud, il m’a appris qu’il y avait un second Making Of produit à l’époque du tournage. Les précédentes éditions DVD, que ce soit en France ou aux USA, intégraient un Making Of de la chaîne allemande ZDF, L’Abbaye du crime, d’une durée de 44 minutes. Mais Jean-Jacques Annaud préférait un autre Making Of, produit par des Italiens et qui était aujourd’hui invisible. Nous avons trouvé une VHS et une bande U-Matic de ce documentaire, d’une durée de 65 minutes. Après visionnage, je me suis mis en quête de l’ayant droit de ce documentaire en Italie, et chose assez rare, il possédait encore le négatif 16mm, les Making Of étant encore tournés sur pellicule à cette époque. TF1 Vidéo m’a totalement suivi en finançant un transfert HD de ce Making Of, alors qu’on aurait pu se contenter de la bande U-Matic et le proposer en SD, comme c’est le cas pour Superman ou L’Empire contre-attaque.

Il y a bien sûr des déceptions, comme de trouver des images du tournage du Monde du Silence bien après la sortie du Blu-ray, ou des photos de scènes coupées de Papillon, mais bien trop tard pour les intégrer dans le livret.

Et il y a plein de choses qu’on ne peut pas utiliser car nous ignorons qui possède vraiment les droits de telle photo ou de tel document d’archives. Le Blu Ray, ce n’est pas Youtube où tout et n’importe quoi peut être proposé sans que les droits soient vérifiés. Je me souviens que quand TF1 Vidéo a proposé The Prisoner’s Puzzle, une longue interview de Patrick McGoohan sur le Prisonnier, datant de 1977 et faite à la télévision canadienne, j’ai en vu qui ont fait la fine bouche, du genre : “Mouais, c’est dispo depuis des années sur Youtube, donc ce n’est pas si exceptionnel que ça”. À vous dégoûter de discuter pendant dix mois avec l’ayant-droit pour acquérir ces images et pour TF1 Vidéo de payer les droits et faire le sous-titrage d’un document qu’ils vont être les seuls à proposer en DVD et Blu Ray de par le monde.

Dans le même genre, récemment sur Les Gendarmes de St Tropez, j’ai retrouvé une pièce radiophonique “Le Gendarme de Bethléem” avec de Funès et Galabru, une archive très rare qui dure 50 minutes et que M6 Vidéo a incluse à la dernière minute dans le coffret “Képi”. Et j’ai lu un commentaire qui disait : “J’attendrais qu’il soit proposé en mp3 sur un site de fan de De Funès”.

Sur quelques projets, je ne suis pas totalement satisfait du résultat, car je n’ai pas eu les intervenants que je souhaitais ou que les propos recueillis n’étaient pas à la hauteur de ce que j’attendais. Sur Le Magnifique, un doc que j’aime beaucoup, j’ai eu la chance d’avoir Jacqueline Bisset la veille de son retour aux États-Unis. Elle venait de passer une semaine au festival Lumière de Lyon, où elle avait présenté le film. Je m’étais dit que c’était parfait car le souvenir serait encore frais dans sa mémoire. Mais en fait, elle n’a assisté qu’au début de la séance. En plus, c’est un film dont elle avait peu parlé depuis quarante ans. En 1973, elle a tourné La nuit américaine, un film pour lequel on l’interroge souvent, mais ce n’est pas le cas du Magnifique. Donc elle se souvenait surtout du tournage du film en général, de son atmosphère, mais moins du film ou de son rôle. Au montage, il a fallu jongler avec ça. Je ne pense pas que cela se sente, mais moi je le sais et comme je suis davantage intéressé par le côté fabrication du film que par le côté « anecdotes marrantes du tournage », j’avoue avoir été un peu déçu. Mais elle a été charmante. Et puis, quelle voix, quel regard…

  • Tu travailles notamment, actuellement, pour Pathé et TF1 Vidéo. Parmi les projets sur lesquels tu as officié, lesquels ont été les plus passionnants pour toi ?

Même si je travaillais régulièrement avec TF1 Vidéo depuis quelques années déjà, je pense que le projet autour de L’Homme de Rio a marqué une date importante dans mon travail. Par le film d’abord, bloqué pendant des années à cause du coproducteur américain et qu’on allait pouvoir redécouvrir en version restaurée, mais aussi parce qu’il y avait une aventure humaine incroyable à raconter. Alors qu’on pourrait croire que c’est le tournage au Brésil qui fut le plus difficile, je me suis rendu compte que c’était l’écriture du scénario qui était l’étape la plus complexe. Or, j’avais les interviews de 3 des 4 scénaristes pour en parler et De Broca était présent à travers une longue interview datant de 1995 dont j’avais retrouvé les rushes. Seul Daniel Boulanger m’avait raccroché au nez quand je l’avais appelé pour participer aux bonus. Sa réputation d’ours mal léché n’était pas usurpée…

Ensuite, nous avons retrouvé des archives rares, comme des rushes de la cascade où Belmondo est suspendu entre deux immeubles, et bien sûr, Hergé parlant du film comme une excellente adaptation de Tintin, bien meilleure que les deux films Live tournés à l’époque. Je pense que le résultat a beaucoup plu et les retours ont été excellents.

Dans les autres titres passionnants, il y a Deux heures moins le quart avant Jésus Christ, et surtout Garçon.

  • Au niveau des bonus (au moins quantitativement), la folie des Collectors Double DVD remplis ras-la-gueule semble avoir disparu quand on regarde les bonus trouvables en Blu Ray en France ces dernières années (à quelques exceptions près, évidemment). Si on prend par exemple les modules présents sur les 6 titres Pathé du 1er juillet 2015, hormis celui sur Garçon qui dure 50 min, la plupart font environ 25 min. Le contraste est assez fort quand on regarde, notamment, ce qui se fait fréquemment par exemple chez Criterion ou Arrow où on peut facilement tourner autour d’1h30-2h de suppléments (même si une bonne partie d’entre eux sont des documents d’archives repris tels quels). Est-ce que toi aussi tu as ressenti une baisse de ce côté-là en France par rapport aux heures folles des bonus DVDs ? Et par rapport à la baisse du marché physique ?

Les doubles DVD collectors, c’était surtout aux USA et sur les films frais. Cela s’est calmé parce que le marché n’est plus le même, beaucoup à cause du piratage, mais aussi car tous les grands films de patrimoine américain sont sortis en DVD collector. Je ne vois pas trop ce qu’on pourrait faire de mieux sur Le Parrain, Blade Runner ou Rencontres du troisième type, par exemple.

En France, c’est différent. Je parle uniquement du cinéma de patrimoine ici, mais je trouve que depuis quelques années, les éditeurs français n’ont jamais autant investi dans des suppléments. Aux USA, les studios américains ont complètement abandonné cette démarche, au profit des éditeurs indépendants comme Arrow, Shout ou Criterion, pour ce qui est devenu un marché de niche.

En France, Gaumont, Pathé et TF1 Vidéo proposent en supplément des documentaires et des interviews spécifiquement produits pour le Blu Ray, et peu importe la durée. Lorsque je dis chez Pathé que j’aimerais bien que le documentaire sur Garçon ! fasse 50 minutes, c’est d’abord parce que je pense qu’il y a beaucoup de choses à dire, que je sais pouvoir interviewer plusieurs membres de l’équipe, et qu’il y a des archives disponibles sur le film. Et puis, il s’agit d’un film sous-estimé dans la carrière de Claude Sautet, par le public et par lui-même, il y a une histoire à raconter, clairement. Ce n’est pas le cas du Toubib, par exemple, qui est un film plus mineur dans la carrière de Delon et qui ne nécessite pas de consacrer près d’une heure à son tournage, même si je suis très content des interventions de Denys Granier-Deferre.

Pour Paradis perdu, le problème est encore autre, car le film est trop ancien pour espérer trouver encore plusieurs témoins du tournage. Et en archives, bien que Gance fut un très bon client à la télévision dans les années 60 et 70, il n’a évoqué qu’une unique fois Paradis perdu, et pendant quelques secondes seulement, sur les heures d’interviews filmées, et c’est pour dire tout le mal qu’il pensait du film. L’extrait est d’ailleurs dans le bonus du Blu-Ray.

Il est toujours difficile d’estimer la durée d’un documentaire avant de commencer, mais en général, pour un film dont le tournage s’est déroulé sans trop d’encombres, 20 à 30 minutes suffisent. Par contre, je me souviens que sur Deux heures moins le quart avant Jésus Christ, on était bien parti sur une durée de 30 minutes mais qu’après le tournage de plusieurs interviews, avant d’avoir vraiment commencé le montage, j’ai proposé à Pathé de doubler la durée car il y avait beaucoup de choses à dire sur ce tournage assez catastrophique.

Le rythme d’un documentaire est quelque chose d’essentiel pour moi. Je fuis les longueurs, les répétitions, et chaque extrait de film doit être justifié, pour étayer un propos, une idée, mais ne doit jamais faire figure de remplissage et être trop long. Pour une photo, c’est pareil, elle doit soutenir le discours de l’intervenant, apporter une précision ou enrichir l’idée défendue. Accessoirement, elle permet de couvrir une coupe. Le montage est le moment que je préfère car c’est là que s’écrit le documentaire, que se concrétise vraiment l’idée de départ. Il faut que tout cela soit fluide, que les propos s’enchaînent sans temps mort. La forme est aussi importante que le fond.

Après, j’ai toujours pensé que tous les films ne nécessitent pas qu’on s’y attarde. Sur L’oeil du monocle par exemple, il n’y a pas de bonus. Lautner n’a pas évoqué le film dans ses mémoires, l’INA n’a que quelques secondes pas franchement passionnantes sur le tournage et donc, on ne sait absolument pas comment ce film s’est fait. Il n’y a aucune trace. Sur le premier Monocle, j’avais quelques témoins, comme Bertrand Blier, mais ici personne. Maurice Fellous a refusé de me parler, tout comme l’assistant Claude Vital.

  • Tu as eu une opportunité très particulière pour un Français : tu as conçu les « Making Of » français des éditions DVDs collector Princesse Mononoké et Le voyage de Chihiro. C’est très spécial quand on connaît la position très dure du studio Ghibli quant aux bonus sur leurs films, en particulier hors du Japon (d’ailleurs, ces bonus n’ont pas été repris sur les Blu Rays français de ces 2 films). Peux-tu nous raconter comment cela s’est passé ? Quelles ont été les difficultés auxquelles tu as dû faire face ? Comment as-tu réussi là où bien d’autres n’ont pas pu compléter ce type de documentaires ?

Disney France avait une relation privilégiée avec Ghibi car Princesse Mononoké avait très bien fonctionné chez nous, davantage que dans les autres pays.

Sur ce film précisément, le processus était assez simple en apparences : prendre le Making Of existant (qui dure six heures) et le réduire à quelque chose de plus digeste, centré sur la réelle fabrication du film.

Plusieurs parties étaient faciles à éliminer car elles parlaient de la vie générale du studio davantage que de la production, mais ce dérushage s’est fait avec une lourdeur extrême. Benoit Landot, en charge du projet chez Disney, avait fait traduire tout le Making Of et j’ai donc récupéré un important transcript, avec les propos de chaque intervenant et les time codes correspondants. Or, c’est très pénible de monter des propos dont vous ne maitrisez pas la langue. C’est quasiment impossible de supprimer des hésitations, des petits mots, des répétitions. Je fais cela tout le temps en français ou en anglais mais en japonais, c’est impossible, et je trouve que cela donne un rythme bien trop mou. Mais le Making Of est passionnant, mais je n’y suis pour rien, la production de Mononoké était assez périlleuse à la base.

Sur Le voyage de Chihiro, on a vraiment voulu produire quelque chose d’inédit et on a envoyé une équipe au Japon pour faire des interviews de Joe Hisaishi et de Hayao Miyazaki, ainsi qu’un reportage au musée Ghibli. On a donc fait un documentaire sur la longue relation entre le compositeur et le réalisateur. Mais cela s’est compliqué quand Ghibli a fait marche arrière sur les extraits et voulait désormais que sur le DVD de Chihiro, on ne parle plus que de Chihiro et rien d’autre. Pendant plusieurs mois, on a été en stand-by, et pour faire court, ils ont finalement accepté de laisser faire Disney France. Mais tout cela a pris un temps infini, car Ghibli est une toute petite société, une petite structure peu habituée à travailler et à répondre aux demandes de l’international.

On avait commencé à travailler sur Porco Rosso avec Benoit Landot, avec notamment une longue interview de Jean-Pierre Dionnet qu’on a tournée, mais Disney France a abandonné car c’était trop long et compliqué de travailler avec Ghibli.

Et en plus, les consommateurs accusaient Disney d’être le responsable des retards alors que la vérité était tout autre. C’est dommage mais je comprends la volonté de Disney France d’arrêter ce projet.

  • Il t’arrive aussi d’aider des collègues étrangers, notamment Arrow en Angleterre. Comment cette entraide a-t’elle démarré et comment as-tu pu les aider ?

Si je me souviens bien, Arrow allait sortir Histoires extraordinaires en Blu Ray alors que je venais de finir le DVD pour TF1 Video. On s’est parlé par email avec Francesco Simeoni et de là s’en est suivi une petite collaboration qui était au départ davantage de l’ordre du coup de main qu’autre chose. Je fais cela avec d’autres éditeurs, comme Shout Factory sur Escape from New York à qui j’ai fourni quelques archives photo et quelques pistes de documents rares à dénicher. Cette entraide existe entre certains réalisateurs ou producteurs de bonus.

Mais je produis aussi quelques suppléments pour Arrow désormais, comme la récente interview de Robert Hossein pour Une Corde, un colt (Cemetery Without Crosses) et je viens de mettre en boite un entretien avec Lou Castel pour deux titres à sortir.

  • Tu es aussi écrivain, que ce soit pour maintenir ton site web forgottensilver.net comme pour l’ouvrage Les Guerres des étoiles, centré sur les films de SF de 1975 à 1985. D’où te vient cet intérêt pour cette frange du cinéma ? Comment choisis-tu tes articles sur ton site : l’actualité du moment, le fait de travailler à un instant T sur un projet ?

Pour moi, il existe une vraie actualité autour du cinéma de patrimoine, grâce aux ressorties en salles et/ou en Blu Ray, mais aussi et surtout parce qu’on découvre tous les jours des choses sur ces films. Le cinéma est un art vivant ! Bien sûr, les artistes parlent plus facilement de leur travail avec le recul des années mais ceux qui possèdent les catalogues de films inventorient, classent le matériel, identifient des éléments mal classés par le passé.

Pathé a retrouvé des choses incroyables dont personne ne soupçonnait l’existence, comme les images 16mm du tournage de Garçon ! ou la version alternative du meurtre du 7e Juré. Après, à moi de trouver comment présenter ces archives de la meilleure façon possible. Pour Le 7e Juré, je suis très content du split screen même si la synchronisation a été un cauchemar à faire.

Pour les livres, ma passion pour le cinéma dépasse bien évidemment le seul cinéma français, et parler du Space Opera à l’époque de la sortie de La Guerre des étoiles me titillait depuis longtemps. En ce moment, je termine un livre, avec Jean-Marc Lainé, sur l’impact qu’a eu l’émission Temps X à la fin des années 70 et au début des années 80. On y raconte les coulisses de l’émission, les séries qu’elle a programmées, et comment elle a marqué une génération de jeunes téléspectateurs à l’époque et aidé à changer quelque peu la manière dont on regarde la science-fiction en France. Et bien sûr, on évoque les images rares de tournage qu’Alain Carrazé a proposé dans l’émission et qu’on n’a jamais revu ensuite (Flash Gordon, Excalibur, Kamikaze, L’empire contre-attaque, Outland). Le livre sort le 16 octobre chez Huginn et Muninn.

  • Le marché physique dégringole d’année en année et il y a fort à parier que le futur format (UHD Blu Ray) ne changera pas la tendance. Quelle est ta vision sur l’impact que cela peut avoir sur la transmission des histoires de tournage, anecdotes et autres faite à travers les suppléments qu’on trouve sur les DVDs et les Blu Rays ?

On se dirige, je pense, vers un marché de niche avec le support physique qui proposera encore (je l’espère) du contenu éditorial. Les technophiles ne sont pas des cinéphiles, loin de là, et l’inverse est également vrai : Il y a plein de cinéphiles qui se contentent du DVD, peu conscient de la qualité visuelle du Blu-Ray, peut-être effrayés aussi par les réglages désastreux des écrans qu’ils peuvent voir dans la plupart des magasins spécialisés, et qui donnent un rendu très disgracieux à de très belles restaurations HD.

Nous remercions Jérome Wybon pour son amabilité et pour la disponibilité dont il a fait preuve le 27 juillet 2015 pour répondre à nos questions, ainsi que pour nous avoir fourni l’iconographie servant à illustrer cet entretien.

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