Critique : The Tree of Life (2011)

The Tree Of Life est un hymne à la vie. Un hymne au sentiment, à la chaleur, à la nature, à la spiritualité, mais surtout au deuil et au pardon. Ce n’est pas un film facile, mais qui nécessite au contraire du spectateur qu’il ouvre toute sa sensibilité personnelle au film, pour l’accueillir, le laisser résonner en lui.

Ce que raconte Malick est pourtant très simple : un homme (Sean Penn), maintenant assez âgé, regarde derrière lui et remet en question sa vie passée, ainsi que les rapports qu’il a eu tant avec son entourage qu’avec son environnement. Cette base, Malick l’embrasse et la transcende pour en faire une symphonie d’une technicité sans faille à travers un montage fragmenté et un style visuel libre qui pourra en laisser plus d’un sur le carreau.

A travers son film, le réalisateur et scénariste touche à des sujets très variés mais très simples. La foi oui, mais la foi dans des idéaux, des valeurs : les parents modèles, la nature, l’innocence, la place de l’humain dans l’univers. Comme souvent chez Malick, la complexité n’est qu’apparente. Si les questions posées restent souvent sans réponse, c’est pour mieux permettre une lecture personnelle et une appropriation du film. Si on se lance dans l’aventure sans préjugés, le film a de fortes chances de donner à chacun ce qu’il accepte de laisser résonner au fond de soi. Ainsi, nul besoin d’être croyant pour être touché par The Tree of Life.

De plus, Malick utilise un style visuel très libre, comme flottant, donnant un rythme aérien au film. Il s’appuie aussi sur une bande son magnifique, de Mozart à Chopin, en passant par Preisner et Tavener. Malick étant un des rares cinéastes à avoir une véritable oreille pour choisir les partitions musicales de ces films, il en résulte une adéquation rare entre les images et la musique : que ce soit la séquence folle de la Création, la naissance de Jack ou ses nombreux errements, chaque scène, quasi chaque plan est sublimé par la musique choisie.

Mais ce qui fait toute la puissance émotionnelle de The Tree Of Life, rarement atteinte au cinéma (hormis dans des films comme Une femme sous influence de Cassavetes), c’est sa capacité à intégrer l’intime dans l’épique, le grandiose. C’est aussi cette ambition qui rend le film si fragile mais si fort dans sa portée, à travers des personnages et des situations à même de nous rappeler des souvenirs personnels.

En cela, Pitt et Chastain font un excellent travail dans leurs rôles respectifs de père autoritaire mais aimant, et de mère laxiste mais maternante (soit 2 figures de parents très classiques dans la psychologie de l’éducation parentale). Au milieu de tous ces cadres travaillés, les acteurs auraient pu, en effet, être écrasés par les visuels et paraître comme hors du film, comme Radha Mitchell dans Silent Hill. Il n’en est rien, bien au contraire. Pitt émane une autorité naturelle doublé d’un charisme impressionnant. Il faut le voir ruminer ses erreurs, ses échecs, puis rejeter cette frustration sur ses fils. Chastain, elle, sait avoir une présence tout en ayant des dialogues limités au maximum, Malick sublimant sa grâce et sa douceur (celle de sa voix notamment).

On pourra évidemment reprocher à The Tree Of Life un certain hermétisme (le montage fragmenté, notamment, ainsi que la conceptualisation abstraite assez récurrente), mais ce serait passer à côté de la simplicité du film qui fonctionne simplement sur un flux d’idées et d’images-métaphores plutôt que sur un flux narratif classique.

Malick infuse tout cela avec cohérence, comme cette mère vue par son enfant comme une déesse en lévitation, ou cette naissance qui semble être comme nager hors d’une maison engloutie. Et lorsque la mère en appelle à Dieu suite à l’annonce de la mort de son fils, Malick lui répond : « quelle importance a la mort d’une personne au sein de l’Univers ? »

Et puis il y a ce final d’une beauté infinie, où le conscient se mêle à l’inconscient, où le passé, le futur et le présent se réunissent pour la fin des temps, où l’on acceptera enfin sa mort afin de mieux accepter sa vie passée.

Mick LaSalle, du San Francisco Chronicle, avait écrit à propos du Nouveau Monde : « Il est difficile d’écrire un beau poème court. Il est difficile d’écrire un beau long roman. Mais écrire un beau long poème de la taille d’un beau long roman – cohérent et qui soit exponentiellement meilleur que ce que le court poème ou le long roman aurait pu être – c’est presque impossible. Malick l’a fait. Avec des images. »

Cette citation s’applique parfaitement à The Tree Of Life. C’est l’univers entier que contiennent les 2h19 de poésie du film, depuis le Big Bang jusque la fin des temps, de l’infiniment intime à l’infiniment épique.

Addendum : l’éditeur New Yorkais Criterion, habitué des sorties vidéo des films de Terrence Malick de Badlands au Nouveau Monde, a édité en automne 2018 en DVD et Blu-ray (aux USA et en Angleterre) une édition très spéciale de The Tree of Life car elle a permis au réalisateur de revenir sur le montage du film et en créé un tout nouveau, plus long de 50 minutes. Ce montage long est une intéressante revisite d’un univers maintenant connu, comme une invitation à passer plus de temps en compagnie de ces gens qu’on connait déjà. Les éléments supplémentaires n’apprennent pas forcément grand chose, mais explicitent beaucoup plus les émotions et relations. Cela rend principalement le film moins minimaliste et impressionniste, en l’amenant à 3h08 au total, il n’est pas certain le film soit plus accessible en pratique. On perd, aussi, cet aspect hyper-fluide et quasi symphonique du montage cinéma, tandis que les ajouts sur les parents O’Brien déséquilibrent tout de même leur caractérisation, moins binaire Mère douce aimante / Père travailleur et dur, et un couple dont les conflits apparaissent beaucoup plus fréquents et constants que dans le montage cinéma, cassant le relatif cocon familial assez chaleureux, finalement, qu’on trouvait dans le montage original. A contrario, les ajouts sur la fratrie (que ce soit jeune ou version Sean Penn) accentuent le sentiment que ces scènes pourraient constituer un film entier, d’un côté avec ces multiples expériences dépeignant l’enfance et l’adolescence, de l’autre les expériences de style dans la parfaite lignée de ce que Malick a fait ensuite, notamment sur Knight of Cups et Song to Song. Bref, si ça ne convertira personne, ceux qui appréciaient le montage original seront probablement contents d’en avoir pour 50 minutes de plus (et tout autant de nouveaux fonds d’écran, tant ces ajouts sont aussi splendides que ce qui figurait déjà dans le montage de 2h19).

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