Retour sur le Festival Lumière 2022

Après une édition 2021 à l’affluence considérée comme très satisfaisante dans le contexte post-pandémique (145 000 festivaliers, 110 000 billets vendus, 85% de remplissage des séances), le festival Lumière est revenu en 2022 avec Tim Burton en lauréat du Prix Lumière, après Jane Campion l’année passée.

Cette année, comme à son habitude, le festival s’est découpé en plusieurs sections : la rétrospective du prix Lumière bien sûr (et sa masterclass et sa soirée de remise du prix), plusieurs invités d’honneur (James Gray, Marlène Jobert, Lee Chang-dong et Nicole Garcia) ou invités tout court souvent venus avec des avant-premières (Alejandro Gonzalez Inarritu, Monica Bellucci, Guillermo Del Toro, Jerzy Skolimowski, Nicolas Winding Refn et Claude Lelouch), quelques avant-premières (dont L’innocent en séance d’ouverture, mais aussi The Fabelmans de Steven Spielberg), et bien sûr : son programme classique.

Parmi les classiques, deux grosses rétrospectives : Louis Malle et Sidney Lumet. Pour Histoire permanente des femmes cinéastes, ce sont 4 films de Mai Zetterling qui ont été programmés (et seront prochainement repris par Carlotta, en salles puis en vidéo). On trouve aussi trois films de Jeanne Moreau réalisatrice, et 3 films avec Meiko Kaji, ainsi que les 5 films hongrois d’André de Toth (avant qu’il ne parte aux USA). A côté de cela, on retrouve les sections habituelles : Lumière Classics (qui consacre de récentes et fastueuses restaurations), Grands classiques du noir et blanc, Sublimes moments du muet (dont cette année les ciné-concerts évènements de Dans la nuit et Nosferatu) et Trésors et curiosités.

Une nouveauté cette année : la section « Cultes ! », contenant principalement des films des années 90s (Pulp Fiction, Fight Club, Scream, …) (et…. Interstellar) et créée suite à un sondage proposés aux moins de 26 ans (lycéens, étudiants, etc, ceci expliquant cela).

Au total, 147 films et 2 courts-métrages, complétés par un concert-évènement (Kyle Eastwood rejouant les musiques des films de son père) et une séance spéciale consacrée à Dalida et le cinéma, ainsi que 10 documentaires sur le cinéma.

Evidemment, tout voir est, littéralement, impossible et nous n’allons, à travers ce « journal de festival », pouvoir ne résumer qu’une partie non exhaustive de celui-ci. Par ailleurs, nous avons cette année aussi suivi autant que possible le Marché International du Film Classique (MIFC), équivalent du Marché du film cannois mais pour les films de patrimoine et se déroulant en parallèle du festival Lumière (du mardi au vendredi). Reste qu’au final, avec 18 films (8 nationalités, 3 avant-premières), 1 concert, 1 salon de la vidéo, 5 conférences, 2 line-ups, 1 keynote et 5h d’interviews (notre retour sur le MIFC 2022 fera l’objet d’un article dédié), cette édition fut particulièrement fournie pour nous !

Résumé donc de ces 8 jours passés sur place, côté festival.

Dimanche 16 octobre :

Armageddon Time (James Gray / Avant-première) : cf la critique dédiée

Scream (Wes Craven / Cultes !) : Classique (culte, donc) du cinéma d’horreur US des 90s, ayant relancé le genre du slasher hollywoodien et démarré une vague de slashers meta (plus ou moins) malins, le film de Craven n’a pas vraiment perdu de sa superbe avec un équilibre qui fonctionne, à le revoyure, encore assez bien entre suspense pur, humour de persos parfois gentiment teubés et discours effectivement meta autour des codes classiques du slasher mais aussi de l’effet miroir de films violents dans une société violente (ou est-ce le contraire ?).

Séance présentée par le journaliste Carlos Gomez, qui a surtout recontextualisé la sortie du film à l’époque et la vague de films qu’il a engendré.

On s’attendait à ce que la copie projetée soit un équivalent du master 4K récemment paru en UHD chez Paramount, mais malheureusement, ça n’y ressemblait pas vraiment et avait un côté terne et agressif au niveau des contours. On a connu mieux.

Lundi 17 octobre :

Go and Get It (Marshall Neilan et Henry Robert Symonds / Sublimes moments du muet) : Film muet de 1920 longtemps perdu, présenté à partir d’une restauration 4K 2022 de la Cinémathèque de Milan, basée principalement sur une copie positive nitrate italienne et à la finesse et à la précision variable mais bien stabilisée et nettoyée. Le peu de notes disponibles sur le film sur sa page IMDB ne laissait pas entrevoir quelque chose de folichon, et ce ne fut effectivement pas le cas. Le film est un policier assez poussif, mélangeant romance au travail, enquête journalistique et policière, magouilles industrielles et expériences de savant fou ! D’une part, c’est évidemment trop, mais alors que ça aurait pu servir à dynamiser le récit, le film ne sait jamais rendre tout cela palpitant. Le casting s’en sort plutôt bien, mais c’est paresseusement mis en scène et surtout alourdi par un nombre invraisemblable d’intertitres (270 en 90 minutes).

Présentation par Jérémy Cottin (chargé de programmation à l’Institut Lumière) puis Roberto Della Torre (de la Cinémathèque de Milan), qui est revenu sur la localisation et l’attribution des éléments à ce film, puis à l’histoire de sa production.

Jeux de nuit (Mai Zetterling / Histoire permanente des femmes cinéastes) : Un film assez étrange (et pas toujours dans le bon sens du terme) par un rythme en grande partie indolent, comme calqué sur celui d’un protagoniste qu’on aurait bien envie de baffer de temps en temps. Mais cela prend lorsque, dans un second temps, le film décide enfin de donner quelques clés de lecture des comportements des personnages à l’écran, permettant de mieux mettre en place les différentes pièces du puzzle, pour donner lieu à un résultat dézinguant la bourgeoisie parasite tendance pique-assiette, prête à tous les avilissements personnels pour mieux jouir de la fortune des autres jusqu’à la dernière opportunité. Au milieu, le couple principal a quand même bien du mal à passionner.

Présentation par Louis Lemkow Zetterling, fils de la réalisatrice (et actuellement chercheur à l’Institut des sciences de l’environnement de Barcelone), qui a principalement rappelé la carrière de sa mère et notamment ses positions socio-politiques dont elle n’aimait pas être étiquetée mais qui se voient clairement à travers ses films, et Kajsa Hedström, du Swedish Film Institute, qui a plutôt détaillé le rôle du SFI comme institution et lieu de préservation des films suédois.

Copie restaurée en 2020 en 2K à partir du négatif original, en très belle forme.

Le film a été précédé d’un court-métrage de 1996 (lui aussi restauré), en fait une interview d’environ 10 minutes de Zetterling datant de 1984.

Oasis (Lee Chang-dong / Invité d’honneur) : Histoire « d’amour » entre un jeune homme en marge des normes sociétales et une jeune femme fortement handicapée moteur, Lee brouille les pistes morales en montrant un duo se confrontant, au fond, aux stéréotypes qu’on attend : lui forcément délinquant manipulateur, elle forcément victime vulnérable. Sauf que la société les remet constamment à ces places, y compris leurs familles, promptes à le mettre au centre de l’attention uniquement quand ça les arrange. Si la beauté parfois onirique du film fonctionne très bien, on pourra lui reprocher d’être un peu répétitif et frontal avec son couple principal, alourdissant le propos en répétant encore et encore l’absence de filtre (verbal, comportemental, physique) de Jong-du et au contraire les difficultés physiques de Gong-ju agissant comme autant de barrières. Le film dure 2h15 aussi à cause de cela.

Présentation assez pudique du film par Lee Chang-dong, et copie restaurée par Diaphana pour le festival pour un résultat très agréable à l’écran.

Un homme comme tant d’autres (Michael Roemer / Trésors et curiosités) : Passionnant film presque choral sur un groupe de cheminots noirs arrivant en Alabama et où certains des membres vont tenter de se poser et fonder un foyer malgré la discrimination raciale dans les USA des 60s. Toute la finesse du film se situe dans sa capacité à déployer un ensemble de relations à différentes vitesses, plutôt qu’une simple opposition binaire : appartenance appréciée à un groupe (les cheminots se sentent bien entre eux), racisme bien sûr ordinaire, mais aussi l’adaptation difficile à ce racisme pouvant créer des tensions quand certains, plus idéalistes peut-être (en tout cas, le film les décrit comme tels), se retrouvent confrontés à des personnes résignées, devenues les « noirs des blancs », réduits à la passivité pour mieux cohabiter. En arrière-plan, le film prend aussi le temps de décrire les difficultés personnelles créées par cela : pauvreté, abandons, alcoolisme, pas tant des affrontements ponctuels forts que des problèmes chroniques venant dresser une ligne entre les différentes populations, mais aussi les différentes classes sociales.

Présentation effectuée par Lionel Lacour, qui est notamment revenu sur les interprètes « découverts » dans le film (Abbey Lincoln, Yaphet Kotto, Julius Harris).

La copie est annoncée comme issue d’une restauration 4K L’immagine Ritrovata. A l’écran, cela ressemblait plutôt à une copie d’exploitation numérisée et nettoyée pour le festival, mais avec une texture épaisse et un étalonnage souvent brutal.

Mardi 18 octobre :

The Fabelmans (Steven Spielberg / Avant-première) : cf la critique dédiée

Mercredi 19 octobre :

Les trois âges (Buster Keaton et Eddie Cline / Sublimes moments du muet) : Comédie burlesque au rythme enlevé (quoiqu’un peu ralenti par sa structure en allers-retours), le film s’amuse à détripler les mêmes situations entre l’âge de pierre, romain et moderne, autour d’une intrigue classique : Keaton doit affronter une brute roublarde pour conquérir sa belle. Un pitch sans surprise, donc, mais des gags fonctionnant plutôt bien (et qui ont globalement bien diverti le groupe scolaire de 5-6 ans présents à la séance).

L’accompagnement musical s’est fait au piano par Fred Escoffier, la séance fut présentée par Gian Luca Farinelli (directeur de la Cinémathèque de Bologne, et Grand Témoin du MIFC 2022), et qui est principalement revenu sur le travail de la Cinémathèque et le projet du Centenaire de Buster Keaton, qui contenait 30 films (courts, moyens et longs) et qui s’est achevé en 2022 et a nécessité la collaboration de 39 archives différentes.

La restauration 4K projetée est d’ailleurs issue du projet Keaton, et est le dernier film (chronologiquement) a avoir été restauré. La restauration est basée principalement sur un négatif dupliqué de seconde génération, complété par un positif dupliqué et un autre négatif dupliqué mais de génération plus lointaine. Le résultat est propre mais assez variable, et avec une précision plutôt de l’ordre de ce qu’on a pu voir sur The Navigator que sur Seven Chances.

Un cas particulier (Martin Hollý / Trésors et curiosités) : Il y a un cliché-marronnier sur Internet consistant à opposer les films populaires (par exemple, les grosses productions hollywoodiennes) à des films que les « vrais cinéphiles » préféreraient et qui sont alors résumés à des « films yougoslaves ou tchécoslovaques de 1960 en noir et blanc et de 7h ». Un cas particulier est certes slovaque et en N&B, mais ne dure qu’1h30 et s’avère un film presque trop comme un autre. Drame policier avec comme contexte la tentative de sortie du pays de décennies d’usage de méthodes judiciaires brutales et plus moins arbitraires, le film est un peu long pour ce qu’il a à dire, d’autant que l’enquête en elle-même piétine rapidement.

Séance présentée par Rastislav Steranka, du Slovak Film Institute, qui est principalement revenu sur le travail de l’Institut.

Restauration 2K réalisée par le Slovak Film Institute, et très recommandable.

Condenados a vivir (Joaquín Romero Marchent / Trésors et curiosités) : western espagnol de 1971, en pleine vague de western spaghetti, proposant un contexte hivernal enneigé rare pour le genre et surtout une intrigue (et un ton) brutale sans aucun état d’âme pour ses protagonistes. Pour autant, passé cela et une mise en scène très correcte, le film parait vite programmatique et donc prévisible, que sa tonalité très pessimiste et ses plutôt bonnes qualités techniques ne peuvent compenser. Le manque d’enjeux plus poussés finit donc progressivement par ennuyer et désintéresser de l’action à l’écran. Dommage. A noter que le montage proposé ici restauré (en 4K en 2022 par la Filmoteca Española) est le montage domestique du film, indiqué par Josetxo Cerdàn Los Arcos (de la Filmoteca) durant sa présentation comme bien plus soft que le montage international, et effectivement, malgré les évènements traversant le film, le résultat à l’écran était particulièrement timoré.

Restauration 4K 2022 donc, plutôt correcte quoique probablement un peu filtrée, mais avec un son vrillant les oreilles (trop fort, trop perçant) à la moindre envolée musicale.

Jeudi 20 octobre :

La vie du Dr Semmelweis (André De Toth / De Toth, les films hongrois) : Dernier des cinq films hongrois d’André de Toth (ou Toth Endré, à l’époque), on trouve ce biopic du Dr Semmelweis, équivalent hongrois de notre Pasteur national, et pionnier de l’hygiène hospitalière à une époque où de trop nombreuses femmes enceintes mouraient dans les hôpitaux faute de désinfection suffisante de la part des praticiens. Un film pas déplaisant ni mauvais en tant que tel (quoiqu’on pourra parfois tiquer devant l’interprétation balourde de l’acteur principal), mais au rythme tellement mal ficelé que cela nuit à son sujet. En effet, Semmelweis passera d’étudiant insouciant à un homme paranoïaque mais aussi pétri de culpabilité quant à toutes les femmes mortes et les orphelins générés par la néglience des médecins, et le film choisit de traiter cela en commençant sur un ton très léger avant de se durcir. Pourquoi pas. Mais en expédiant la fin tragique de son protagoniste après avoir perdu quasiment ses vingt premières minutes à se concentrer sur des beuveries étudiantes (passages musicaux de tavernes inclus), difficile de ne pas trouver là un gros souci d’équilibre particulièrement dommageable au film (ou bien fallait-il alors ajouter quelques minutes supplémentaires au compteur, le film ne durant qu’1h18).

Présentation du film effectuée par Gyorgy Raduly (directeur des Archives du Films Hongroises) et Joël Chapron (spécialiste du cinéma des pays de l’Est), qui ont recontextualisé la production du film dans la carrière de de Toth, ainsi que rappelé l’importance du Dr Semmelweis dans l’histoire hongroise.

Restauration 4K d’excellente qualité, effectuée par le National Film Institute de Hongrie.

Wendemi (S. Pierre Yameogo / Trésors et curiosités) : Excellente découverte burkinabée, pour un film illustrant les carrefours délicats entre ancien monde obsolète et nouveau monde encore en construction. Un entre-deux laissant les gens devoir se débrouillers seuls faute de mieux, rebondissant alors entre tradition et modernité aussi incapable l’une que l’autre de guider ses citoyens. On pourra par contre trouver le rythme un peu indolent ainsi que quelques interprètes pas toujours inspirés, mais surtout une conclusion à la fois très logique mais terriblement téléphonée.

Séance multi-présentée par Antoine Yameogo (fils du réalisateur), Léa Baron (Institut Français), Maxime Grember (Cinémathèque Afrique) et Denis Garcia (LTC Patrimoine / Cité de mémoire).

Restauration 4K par la Cinémathèque Afrique de l’Institut français au laboratoire Cité de mémoire, basée sur le négatif gonflé en 35mm (le film a été tourné en Super16), et effectuée dans le cadre du projet de l’Institut Français « 20 films pour 2020 ». Le résultat est correct quoique régulièrement un peu lisse.

L’adolescente (Jeanne Moreau / Jeanne Moreau réalisatrice) : Nous n’en dirons pas trop sur ce film dont nous n’avons pu voir que la moitié (la séance précédente a duré 40 minutes de plus que prévu, retardant celle-ci d’autant, sauf notre programme ne permettait pas d’absorber autant). Sur cette moitié cependant, le film s’est avéré certes plutôt léger mais très fluide et agréable. Chronique adolescente (en partie inspirée par la propre vie de Moreau) en 1939, le film offre un casting bien dirigé et une trame s’articulant plutôt bien pour démarrer.

Séance présentée par Carlos Gomez et Jean-Claude Moireau (biographe de Jeanne Moreau), qui ont présenté la bascule de Moreau vers la réalisation et contextualisé le contenu du film par rapport à l’adolescence de l’actrice/réalisatrice.

Restauration 4K 2021 effectuée par LTC Patrimioine / Cité de mémoire à partir du négatif original 35mm, très agréable et naturelle.

Batman Returns (Tim Burton / Prix Lumière 2022) : Faut-il encore présenter ce qui est progressivement devenu un des films hollywoodiens de super-héros les plus plébiscités ? 30 ans plus tard, le résultat tient toujours autant la route, tant visuellement que thématiquement, avec ses partis-pris de mettre de côté Batman en tant que super-héros pour mieux se concentrer sur Bruce Wayne mais aussi et surtout son duo de « freaks » : Selina Kyle/Catwoman et Oswald Cobblepot/Le Pingouin. Finalement, moins que Batman face à eux deux, le film les positionne plutôt tous les trois face au vrai mal, Max Shreck, pourtant le seul monstre accepté par la société car un monstre économique, capitaliste, corrompu et non un monstre à la différence directement visible. Jeu de dupes ultra-malin, bardé de sous-entendus sexuels mais surtout d’une émotion sous-jacente passionnante, jusqu’à son final ultra-tragique à la puissance décuplée par la BO de Danny Elfman.

Présentation du film par l’équipe du festival.

Copie issue du remaster 4K paru en UHD chez Warner.

Vendredi 21 octobre :

Lumière (Jeanne Moreau / Jeanne Moreau réalisatrice) : Le film nous a fait regretter de ne pas avoir pu voir la deuxième moitié de L’adolescente, tant Lumière nous a paru des crans en-dessous. Dès les premières minutes (voire même dès le générique), le film semble vouloir cocher toutes les cases du bingo Film d’Auteur Français : structure en flashback totalement inutile, compositions visuelles sur-travaillées vues et revues, dialogues à la diction théâtrale et ponctués de remarques involontairement hilarantes et personnages stéréotypés semblant jusqu’à l’absurde incapables d’évoluer, le tout dans un entre-soi relativement bourgeois ne paraissant jamais conscient de lui-même.

Présentation du film là aussi par Jean-Claude Moireau, moins à l’aise que la veille.

Restauration 4K 2022 effectuée par LTC Patrimioine / Cité de mémoire à partir du négatif original 35mm, globalement très bien elle aussi (quoique peut-être un léger chouia en-dessous de celle de L’adolescente).

Samedi 22 octobre :

Pinocchio : cf la critique dédiée

A noter que malheureusement, Thierry Frémaux a été le seul à présenter la séance, Guillermo del Toro notamment ayant du annuler sa venue pour causes (malheureuses) familiales. Le film a cependant été précédé d’un court message enregistré par le réalisateur pour le public lyonnais, où il blague de devoir rater « le deuxième petit déjeuner lyonnais, celui qui dure le plus longtemps, la nourriture, la meilleure boutique de DVDs au monde et le musée ». Message court mais très bon enfant, à l’image de ce qu’il renvoie, c’est-à-dire quelqu’un aimant aussi le festival pour ces formidables à-côtés.

Concert-hommage : Bertrand Tavernier, l’amour du jazz : Soirée spéciale en deux temps dans le cadre d’un hommage à Bertrand Tavernier et son rapport au jazz, avec d’abord un bref rappel de cela par Thierry Frémaux, entrecoupé de quelques extraits de film (Mississippi Blues notamment), puis le micro a été passé à Henri Texier (avant le concert de son Trio), qui a échangé avec Frémaux pour discuter notamment de son travail avec Tavernier sur Holy Lola. Après cette partie de la soirée qui a duré environ 30 minutes, le concert (environ 1h) a démarré, alternant classiques du répertoire (principalement de Cole Porter : Love for Sale, What is this thing called love ?) et compositions de Henri Texier (dont deux issues de la bande originale de Holy Lola et une de celle de Remparts d’argile). Thierry Frémaux a évoqué l’idée de prévoir un hommage musical de ce genre chaque année, ainsi que la future ressortie d’Autour de minuit en France par la Warner.

Dimanche 23 octobre :

Equus (Sidney Lumet / Rétrospective Sidney Lumet) : Drame psychologique plutôt tragique de Sidney Lumet, sur le poids des normes sociétables pour un jeune home à la névrose (en partie héritée de son éducation) incompatible avec la société « moderne » et qui s’avère trop peu équipé pour s’adapter à ce qu’on attend de lui. Religion, normativité sexuelle, vie de couple « traditionnelle », tout y passe avec peut-être un traitement pas toujours très fin (on s’attendait à mieux vu la durée du film) mais efficace notamment grâce à un Richard Burton impérial. Peter Firth s’avère un peu moins convaincant, peut-être à cause d’un personage devenant parfois assez lourd, trainant toujours des pieds à la moindre demande tel un enfant capricieux tout ça pour finalement accepter trois minutes plus tard… Difficile, comme l’a rappelé Carlos Gomez dans sa présentation, de ne pas voir le film comme une allégorie de l’homosexualité refoulée, entre chevauchée orgasmique nocturne et sous-texte quant à la vie de couple du personnage de Richard Burton.

Rien de bien spécial au niveau de la copie utilisée pour le festival, qui ressemble à une numérisation ancienne et plutôt épaisse (en vidéo, on parlerait d’un master HD pre-existant).

La petite (Louis Malle / Rétrospective Louis Malle) : Très étrange film à la… douceur ouatée des maisons closes des années 1910s ? Louis Malle ausculte en plus cela avec un regard distancié, dont on ne sait pas s’il s’agit d’une volonté d’être neutre, ou car cela se passe du jugement du réalisateur et le spectateur aura très bien compris l’absence de curseur moral de la plupart des personnages. Cela donne un film où tout semble couler assez tranquillement, une sorte de normalité dans laquelle, ah oui au fait on prostituait aux puissants riches des filles de 12 ans et la fin heureuse n’en est vraiment pas une. Si Malle n’en rajoute pas dans le voyeurisme et propose à la place un portrait des possibles sororités dans un tel lieu, cela ne l’empêche pas quelques images dont on peut questionner l’utilité au vu du traitement du sujet. L’équilibre est délicat à trouver et si Malle y arrive la majorité du temps, reste que le sujet

Séance présentée par Andréa Bescond qui, sans surprise vu le film, a assez rapidement dynamité et ventilé une partie de l’audience, qui a bruissé de gêne quand l’artiste a rappelé la triste réalité d’un monde actuel encore loin d’être parfait quant à la protection de l’enfance.

Un Blu-ray australien est sorti ce mois-ci indiquant partir d’un « nouveau scan 4K effectué par Paramount ». Nous espérions donc avoir quelque chose de cet acabit à l’écran, mais au vu de la présentation, soit la copie utilisée pour le festival était bien plus ancienne (tandance ancien master vidéo), soit les nouveaux travaux de Paramount ont clairement abusé du dégrainage.

Enfin, il convient bien entendu de revenir sur la venue à Lyon du Prix Lumière 2022, Tim Burton, accueilli dès son arrivée jeudi 20 au soir comme une rock star. Et il faut dire que le réalisateur l’a bien rendu au public, signant tout ce qui lui était présenté et semblant parti pour des faire des selfies avec tous ceux qui le lui demandaient, quitte parfois à mettre en retard certaines projections !

Bien entendu, il y a bien eu quelques détracteurs pour juger que « à ce niveau, même un slip Batman, il le dédicace », mais on pourra juger qu’il vaut mieux ça que le contraire, et qu’une telle démonstration du public soit accueillie de la sorte est fondamentalement une bonne chose. Même si une partie de cet effort tient probablement aussi du professionnalisme de circonstances, Burton a paru, durant ses 4 jours à Lyon, réellement vouloir faire profiter ses fans de sa présence de manière simple et spontanée (et au diable l’organisation qui devait le tirer par la manche pour tenir l’emploi du temps). Il a pris le temps et l’énergie pour cela, et ce ne fut pas une mince affaire vu la foule attirée par sa venue, particulièrement importante, mais sans défaillir, il aura continué jusqu’à la séance de clôture de signer et faire des selfies, visiblement ému par un tel accueil, mais aussi semblant vouloir en profiter en toute simplicité.

Cette simplicité, on l’a retrouvé lors de sa conférence de presse où, sans détour, il a répondu du tac-au-tac aux questions, avec des réponses claires et concises qui ont permis à un maximum de personnes de poser leurs questions. Questions principalement tournées vers le passé, d’ailleurs. Il aura fallu Thierry Frémaux pour demander des détails sur la série Netflix à venir (Wednesday), et Didier Allouch pour poser la question annuelle autour de Marvel (« Pourriez-vous tourner un film Marvel ? ») (on aimerait faire sans, mais il en faut toujours un…). Le réalisateur a semblé lucide mais en même temps relativement détaché par rapport à ses succès et ses échecs : il a répondu sans langue de bois qu’il ne tournerait sûrement plus pour Disney vu son expérience affreuse sur Dumbo, qu’il ne savait pas forcément pourquoi le film n’avait pas marché mais Alice oui, que Mars Attacks n’avait pas fonctionné aux USA mais bien dans le reste du monde et que c’était comme ça, que Batman Returns était peut-être réévalué maintenant car à l’époque, les studios étaient en train de commencer à penser les films de super héros en terme de franchises alors que cette suite ne s’inscrivait absolument pas dans cette logique… Ses réponses étaient globalement enthousiastes et franches, donnant ainsi lieu à une conférence vive et riche.

Sur Disney, il a donc indiqué croire être définitivement grillé chez le studio suite au tournage de Dumbo, un tournage où il a aussi réalisé que c’était peut-être mieux pour lui tant il faut éprouvant et lui a donné l’impression qu’il fallait qu’il s’échappe de ce « grand cirque infernal ».
Le réalisateur pense d’ailleurs que le studio a perdu en versatilité et pense maintenant trop « faisons un nouveau Pixar, un nouveau Marvel, un nouveau Star Wars », et qu’il y est devenu plus compliqué de travailler entre ces grands piliers principaux même s’il y a heureusement encore la possibilité de « passer sous le radar ».
Au sujet de Marvel justement, Didier Allouch a donc demandé à Tim Burton s’il pourrait en réaliser un. La réponse a fusé : « Ils n’ont pas besoin de moi pour cela. Et puis j’ai déjà assez à faire avec un seul univers, alors un multivers !! »

Les questions sur son univers et ses projets passés ont d’ailleurs composé une bonne partie de la conférence. Il regardait pas mal de films horrifiques étant plus jeune mais ils ne l’ont jamais vraiment effrayé ou traumatisé. Il pourrait revenir à des films d’animation car cela reste une passion pour lui. Il a un peu anticipé Donald Trump avec son président promoteur immobilier dans Mars Attacks. Et il est possible, lui qui vit actuellement à Londres, qu’il intègre « le chaos britannique ambiant » non pas tant dans un prochain film (Mars Attacks était inspiré des changements sociétaux américains d’alors) qu’en quittant simplement le pays.
Il a aussi assez directement indiqué ne pas vraiment jugé ses films en fonction de leur succès ou échec public, d’autant que certains, donc, ont pu depuis être ré-évalués.

Quant à ses prochains projets, rien de concret n’a filtré. Hormis que l’accueil du festival et la jeunesse de son public l’énergisait beaucoup (même s’il trouvait étrange d’avoir sa tronche placardée dans toute la ville façon affiche de hors-la-loi du Far West), il a indiqué être encore au travail sur la série Wednesday, qui fera 8 épisodes de 45 à un peu moins de 60 minutes. Avec son acteur fétiche Johnny Depp, il n’a rien de concret de prévu mais n’écarte pas de retravailler avec lui si un projet le permettait. Et à propos très spécifiquement d’une suite ou d’un remake de Beetlejuice, il a là aussi indiqué qu’il n’y avait rien de concret hormis quelques vagues idées de départ, mais que ce n’était absolument pas sa méthode de travail que de chercher à un résultat donné, mais qu’il partait toujours d’une idée de départ qu’il laissait germer dans son esprit et se développer. Tout le contraire donc que de savoir d’avance à quoi aboutir…

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