Critique : Armageddon Time (James Gray / 2022)

En introduction du film, James Gray a expliqué qu’après The Lost City of Z, dont il était sorti épuisé de par le tournage éprouvant, et Ad Astra, dont il était sorti épuisé pour d’autres raisons (dont notamment celles qui font que ce n’est pas son montage qui est sorti), il a voulu revenir à quelque chose de plus simple et d’aller au plus personnel. Quitte à aller VRAIMENT au plus personnel : raconter sa propre enfance dans le New York de 1980. Alors évidemment, ce n’est pas un documentaire, le temps y est un peu condensé (en vrai, les faits racontés dans le film se sont déroulés sur 1 an, contre environ 2 mois et demi dans le film), certains rebondissements du film étaient arrivés à son frère et non à lui, mais au-delà de ces petits arrangements, c’est bien son histoire qu’il raconte dans Armageddon Time, ou plutôt : son histoire telle qu’il s’en souvient, sans embellir les choses.

En cela, le réalisateur n’est pas tendre avec lui-même en cherchant à raconter (comme l’annonce l’affiche française) la fin d’une époque aux USA : celle d’une Amérique en train de basculer dans la culture du capital-roi, au sommet alors avec l’élection de Ronald Reagan (et sa politique ultra-libérale) à la tête des USA, mais qui se traduit aussi par la fin d’une époque, puisqu’un mois après survient l’assassinat de John Lennon. Pour Gray, cette période est charnière et il la raconte dans Armageddon Time avec ce recul là : un recul faisant que le film n’a pas de « leçon à faire retenir », puisque les USA, 40 ans plus tard, démontrent que le pays n’a vraiment retenu de leçon, ni économiques, ni politiques, ni sociétales, raciales ou de classe. De fait, le jeune Paul Graff (fantastique Banks Repeta, casté comme le tout aussi formidable Jaylin Webb parmi 600 jeunes acteurs ayant envoyé des bandes de test à Gray pendant le confinement de 2020) non plus n’apprendra pas vraiment de leçons, et c’est là où le film déploie un joli équilibre : à la fois une incroyable douceur, notamment à travers les scènes avec Anthony Hopkins, grand-père attendrissant mais pourtant pas forcément moins contradictoire que les parents de Paul, mais aussi une brutalité dans la froideur dont il faut parfois se parer pour s’adapter dans un nouvel environnement.

On pourra être un peu plus circonspect devant la présentation des parents de Gray / Graff tels que dépeints dans le film, qui, s’ils étaient réellement comme ça dans la vraie vie (et de ce que Gray en a dit dans une session de questions-réponses après la projection, l’étaient peut-être), ressemblent un peu à une caricature du père n’hésitant pas à faire rentrer la discipline dans la tête de son fils doux-rêveur trop sensible à coups de ceinturon et une mère plus douce mais aussi relativement soumise à son mari et son autorité malgré ses ambitions au sein de l’association des parents d’élèves (mais aussi, le film l’esquisse, malgré aussi des valeurs peut-être un peu plus spontanément réformistes que celles de son mari).

Pour autant, chacun n’est pas dupe : il sait plus ou moins ce qui l’attend, et il semble connaître ses forces et faiblesses. Seul Paul et son ami Johnny semblent encore trop naïfs pour comprendre (ou pour vouloir comprendre) cela. Il faut que cela passe par l’expérience personnelle des erreurs, parfois graves, et de la réalité d’une société alors encore (et toujours aujourd’hui) profondément inégalitaire, pas seulement ethniquement, mais aussi sociétalement avec des préjugés de classe qui perdurent. Tout cela, James Gray le déroule tranquillement mais efficacement, régulièrement appuyé par la photo de Darius Khondji qui fait des merveilles notamment dans les quelques sorties nocturnes émaillant le film ça et là.

Peut-être pas le meilleur film de son réalisateur et scénariste, mais assurément un film, donc, ultra personnel (et donc assez universel) mais sans nostalgie quant à ce qu’il se remémore.

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