DigitalCiné : entretien avec Sandy Gillet

Le cinéma et les éditions vidéos, il y a ceux qui les font et ceux qui en parlent. Ou du moins, de nos jours, ceux qui écrivent (encore un peu) sur le sujet.

Afin de compléter le tour d’horizon qu’est le cinéma chez soi en 2015, nous avons demandé à Sandy Gillet, auteur sur DigitalCiné, comment fonctionne le site, quel est son objectif et comment il s’insère dans le paysage critique web actuel… quelque peu désolé.

  • Combien de personnes comporte l’équipe ?

L’équipe de Digital Ciné compte 4 chroniqueurs actifs (c’est-à-dire qui interviennent en moyenne plus de 4 fois par mois) : Stéphane Argentin, Nicolas Thys, Mickaël Lanoye (alias Tonton BDM) et moi-même.

D’autres collaborateurs viennent se greffer de temps à autre, notamment Flavien Bellevue, Francis Moury et Didier Verdurand.

  • Quelle est la répartition des tâches / spécialité de chacun ?

Il n’y a pas vraiment de répartition des tâches écrite dans le marbre, tout le monde peut intervenir sur tout. Dans les faits, il est vrai que niveau critique ciné, par exemple, je suis un peu tout seul (à de très très rares exceptions près). Stéphane, étant un gamer invétéré, a pris en main la partie jeux vidéo, et Nicolas adore écumer les festivals, surtout quand il y a des films d’animation, domaine qui est incontestablement sa spécialité.

  • Chaque équipe a sa préférence, sa ligne éditoriale. Vers quel type de contenu Digital Ciné (DC) met-il l’emphase ? News des coulisses, annonces de production, critique cinéma, sorties vidéo ?

Nous voulons surtout proposer avec DC du contenu qui nous ressemble, c’est-à-dire où l’on se fait plaisir sans jamais toutefois perdre de vue que l’on va être lu et qu’il faut donc assurer et ne pas écrire des conneries. Toujours donc vérifier nos infos, allez questionner qui de droit etc… La base quoi. Nous essayons de proposer des textes qui font du sens et qui ont de la matière, donc nous rejetons spontanément les news « pompe à clics ». Nous en proposons de temps à autre mais uniquement quand nous avons envie de partager quelque chose qui nous tient à cœur. Par exemple, nous en faisons quand même sur le jeu vidéo, mais dans le seul but de montrer notre présence auprès de l’industrie concernée afin qu’elle puisse prendre la mesure de notre intérêt pour la chose (et ça a d’ailleurs l’air de bien marcher).

À l’arrivée, nous proposons donc des critiques de cinéma, des chroniques de Blu-ray et quand on peut des dossiers de fond.

  • Une majeure partie de l’équipe (pour ne pas dire son intégralité) sont des anciens d’Ecran Large (EL) qui ont créé DC à la suite du changement de structure. Pourquoi avoir ressenti le besoin de continuer sous une nouvelle structure plutôt que de continuer sur EL ?

Sans rentrer dans les détails, il m’a semblé qu’Ecran Large dans sa forme terminale (avant son récent rachat) était arrivé au bout de quelque chose. J’ai monté une structure de production cinéma à l’issue de la vente mais Stéphane, Mike et moi avons très rapidement ressenti le besoin de continuer à écrire, mais tant que possible sans contraintes basées sur l’actu. Nous avons réfléchi à la chose en nous posant une seule question : qu’est-ce que l’on a envie de lire et que l’on ne trouve pas ou plus ailleurs ? Vaste sujet et quelque peu mégalo j’en conviens. Aujourd’hui, nous sommes loin du compte et en sommes conscients, mais au moins, nous avons retrouvé le plaisir d’écrire et cela fait un bien fou.

  • DC fonctionne-t’il aujourd’hui d’un point de vue du trafic généré par rapport à vos attentes ?

Niveau audience, nous n’avions aucune attente, aucun besoin, aucun plan d’action sinon de créer un site le mieux référencé possible. DC est en quelque sorte notre « danseuse ».

Et en moins de 10 mois, nous avons été surpris de constater que l’audience est au  rendez-vous. On ne fait pas des milles et des cents en guise de visiteurs uniques, mais franchement, nous ne nous attendions pas à ce que cela prenne ainsi et surtout aussi vite. Cela met de l’essence dans le moteur de nos motivations : nous dire que l’on est sur la bonne voie d’un site à la fois sérieux mais qui ne se prend pas la tête. Enfin, nous l’espérons !

  • Par rapport à l’ancienne structure EL, quels changements ont dû être opérés dans l’orientation des articles publiés ? Je suppose qu’il y a des choses que vous pouvez faire maintenant et pas avant, et vice versa.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’y en a pas vraiment. J’ai toujours veillé sur EL à préserver le plus possible notre indépendance et cela nous a d’ailleurs valu des fâcheries avec les distributeurs ou éditeurs. Et puis, toute l’équipe était sur la même longueur d’onde et je peux en parler en connaissance de cause car j’étais tous les jours au front du fait de mes occupations côté recherche de partenariats et autres rentrées d’argent. Le modèle Allociné ne passerait pas par nous.

Je dirais que la différence avec DC se situe plus dans le fait que mes contacts dans la profession ont dorénavant intégré que j’étais une sorte d’illuminé issu d’une génération perdue, incapable de penser par et pour le système. Du coup, je ne suis plus embêté par des coups de fil intempestifs pour me faire enguirlander d’avoir publié tel ou tel article. Et puis l’audience étant ce qu’elle est, il faut avouer que la portée de tout cela est dorénavant bien moindre. Il faut être humble et surtout rester à sa place.

  • Quelle est votre « ligne éditoriale », c’est-à-dire le type d’articles et dossiers que vous souhaitez mettre en avant plus que d’autres, diffuser une certaine cinéphilie (mais pas que, puisque DC traite aussi certaines sorties Jeux vidéos) ?

Encore une fois, l’idée est de faire plaisir. Personnellement, j’adore parler des films de patrimoine et du travail de restauration qui peut les accompagner. Stéphane est à fond sur les jeux vidéos, avec toujours en tête que l’on ne traite que ce qui est connexe à l’univers cinéma. Il aime aussi (re)découvrir le cinéma dit populaire français des années 70 et 80. Mike jure souvent par le cinéma bis, déviant, craspec… et peut se lâcher comme il le veut sur DC au risque de choquer la ménagère. Nicolas s’approprie le cinéma d’animation avec son style universitaire de chercheur qu’il possède et que j’aime beaucoup.

DC est ainsi un assemblage de sensibilités cinématographiques, huilées par des années de collaboration sur EL.

  • Aujourd’hui, il y a des petits sites comme DC, feu 1kult ou Forgotten Silver, ou des sites comme DVD Classik qui fonctionne avec une grosse base de forumeurs. Mais il y a aussi des mastodontes comme Première, Allociné et co. Que peut apporter un site comme DC par rapport à ces mastodontes ?

C’est une très bonne question.

En toute humilité, nous aimerions que DC devienne un site de « compléments » où l’on pourrait apporter de la matière à lire et pour lequel les internautes prendraient le temps de se poser pour creuser ces sujets avec nous. En cela, j’observe avec beaucoup d’intérêt l’initiative de Gamekult qui vient de proposer un univers Premium où l’on peut trouver des articles de fond, des dossiers ou d’autres exclusivités.

Je me souviens avoir lancé en 2005, alors qu’EL avait un an d’existence, une formule d’abonnements avec la même volonté que Gamekult. Cependant, c’était trop tôt et nous n’avions de toute façon ni la notoriété, ni la voilure éditoriale pour suivre. On me disait souvent à l’époque que les internautes n’étaient pas prêts à se poser derrière leur écran d’ordi plus de 15 minutes pour lire des articles fouillés. Aujourd’hui, la donne a changé notamment avec l’arrivée des tablettes numériques. Beaucoup lisent ainsi dans le métro durant leur trajet et ne rechignent donc plus à passer du temps sur un site que dans le passé. Les mœurs ont aussi surtout changé à cause du modèle porté à son paroxysme du site de news type AFP que l’on retrouve partout et qui a tiré plus que jamais l’écrit, dans son acceptation globale, dans le caniveau.

  • Le net et ses internautes change progressivement son approche des médias. Quelles ont été les principales évolutions que DC a du intégrer à son lancement, et comment les a-t’il abordées ?

J’ai déjà indirectement répondu ci-dessus à cette question. Après, nous n’avons pas non plus fait des études et tutti quanti, nous avons fait tout ça au feeling et avec notre expérience EL. Je me suis aussi rendu compte qu’il y avait de moins en moins de sites qui parlaient des choses qui nous intéressaient, ou alors je ne les connais pas. Encore une fois, DC s’est créé sur la simple motivation du plaisir d’écrire et de le partager. Je pense que la sincérité de notre démarche vaut tous les plans médias et autres études marketings d’audience ou du marché de la pub avec algorithme façon Melty.

  • Si vous pouviez apporter un type de contenu supplémentaire spécifique manquant aujourd’hui au site, lequel serait-il ?

Ce serait d’avoir (entre autres choses) la possibilité de rencontrer des personnalités du cinéma hors promo.

J’ai un exemple en tête : dernièrement est sorti La Cage aux folles en Blu-ray chez MGM / FPE dans une édition n’est ni faite ni à faire. On sait cependant qu’il y a eu une atmosphère exécrable sur le tournage entre Serrault et Tognazzi. L’éditeur Criterion a pu s’entretenir avec Molinaro et a abordé la chose, ce qui donne un bonus d’enfer. Je me suis dit que ce serait top de pouvoir approcher Veber, qui a écrit la pièce d’origine et qui est le coadaptateur du film, afin d’en parler avec lui et d’en profiter pour faire une interview carrière plus globale. Sauf que c’est un parcours du combattant et même si je ne lâche pas l’affaire, ce qui devait prendre quelques semaines se transforme en mythe de Sisyphe.

Il y a un site qui s’appelle CineComedies qu’un ami à moi a monté il y a deux ans et des poussières et qui a une approche similaire et dont le credo pourrait être : ce que vous ne trouverez pas en bonus de votre DVD/Blu-ray. Je pense au réalisateur des Galettes de Pont Aven qu’il a rencontré et cela donne ça. Ou alors un super texte sur l’affiche de Deux heures moins le quart avant JC écrit par celui qui l’avait crée.

Passionnant et précieux.

Nous remercions Sandy Gillet pour son amabilité et pour la disponibilité dont il a fait preuve le 23 juillet 2015 pour répondre à nos questions.

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