Arrow Video : entretien avec l’éditeur

Il y a les éditeurs comme Criterion dont la réputation est internationalement reconnue depuis plusieurs dizaines d’années. Et puis, il y a d’autres labels plus petits, devenus grands beaucoup plus récemment. Arrow fait partie de ceux-là. Spécialisé dans les films horrifiques à travers Arrow Video et le cinéma d’auteur à tendance européenne avec Arrow Films, Arrow a démarré l’aventure en 1991, se lançant dans l’édition DVD en 1999 puis Blu Ray en 2010. Le label lança aussi en septembre 2011 la collection Arrowdrome, visant à servir de collection DVD « budget » pour des films déjà édités par Arrow dans le passé.

Si la réputation éditoriale de Arrow et sa tonne systématique de bonus n’a jamais été à faire, les premières années HD furent tumultueuses, entre des films italiens aux masters HD douteux et un programme d’échange désastreux suite à un problème sur leur Blu Ray de The Beyond de Lucio Fulci. Fin 2012, c’est le tournant dans l’histoire de l’éditeur, avec la sortie de Zombie Flesh Eaters : master HD tiré d’une restauration 2K exclusive, embauche de James White comme responsable technique, augmentation du contrôle qualité… À partir de là, Arrow met les bouchées doubles en investissant notamment dans toujours plus de restaurations 2K exclusives (Time Bandits, The Fury, Cinema Paradiso, etc) et en s’éloignant des masters HD discutables (même si le label se sert encore fréquemment dans le catalogue MGM, pas forcément le plus frais du monde).

Nous avons eu la chance d’avoir Francesco Simeoni, le responsable du label, pour répondre à nos questions. Au programme : bilan des années passées, challenges actuels, vision du marché à venir…

Bilan, organisation et identité éditoriale

  • Bilan des dernières années : Arrow est en activité depuis de nombreuses années maintenant. Quelles sont les évolutions auxquelles vous avez dû faire face et comment les avez-vous approchées ?

Le marché physique est en train de décliner rapidement. Cela se ressent directement sur les ventes de titres de catalogue, là où les films récents seront toujours plus faciles à écouler : leurs budgets marketings sont plus importants, et un film ou une série TV récents auront toujours un intérêt plus important pour le grand public.

Les jeunes spectateurs qui grandissent avec les technologies numériques ne semblent pas intéressés par le fait de posséder des films sur support physique. De fait, nous voyons notre marché principal comme un groupe plus âgé (trentenaires et quadras), ce qui rend difficile l’adhésion de nouveaux fans qui pourraient s’ajouter à notre audience actuelle.

Ainsi, notre audience déjà restreinte se réduit progressivement et nous avons dû ajuster notre modèle d’édition. Nous l’avons fait de manière claire et transparente, et cela se reflète dans nos produits : nous sommes passés de produits aux packagings onéreux à produire et édités dans des formats séparés (DVD d’un côté, Blu Ray de l’autre) vers des combos, puis des packagings plus simples, et enfin vers un modèle qui fonctionne avec des éditions limitées.

  • Projets : Quelle est la durée typique d’un projet ? Quel est le flux habituel pour des projets de ce genre : vous contactez les ayants droit pour sécuriser les droits, puis vous recherchez le matériel, etc. ?

Le temps passé sur une édition peut varier énormément d’un bout à l’autre de la chaîne, de quelques semaines à une année ou plus. Pour Demons, nous avons passé plus d’un an simplement à négocier la création d’un nouveau master HD. Sur Rabid Dogs, nous avons mis 2 ans à trouver le matériel à remasteriser. Cependant, même si chaque projet est différent, un projet dure en général de 5 à 9 mois, depuis la négociation des droits jusqu’au moment où le produit fini est dans les entrepôts.

  • Quelle est la taille d’une équipe pour une édition vidéo (par exemple, Rollerball et The ‘Burbs) ?

Les personnes impliquées dans une sortie sont toutes créditées dans les livrets accompagnant nos éditions, soit dans les crédits de production soit dans les remerciements. Chaque personne citée a été impliquée d’une manière ou d’une autre, que ce soit pour licencier le film, préparer les interviews, restaurer le film, contrôler les masters ou les disques, créer des nouveaux suppléments, faire les sous-titres et bien d’autres choses encore.

Au sein d’Arrow même, il y a une personne qui gère l’équipe externe de restauration, et un producteur qui gère une autre équipe externe. C’est aussi l’implication d’autant d’intervenants qui expliquent que certaines sorties puissent prendre du temps à se matérialiser.

NdR (2015) : les personnes fréquemment citées dans les livrets Arrow sont : Francesco Simeoni lui-même (souvent comme producteur de l’édition), Louise Buckler et Liane Cunje (assistantes de production), Anthony Nield (producteur / contrôle qualité), David Mackenzie (encodage et authoring). Cette équipe est complétée par Michael Brooke (producteur en particulier pour de nombreux titres Arrow Academy), James White (responsable technique et des restaurations pour Arrow), Marc Foley-Comer (relations presse) et Ewan Cant (responsable Marketing & Operations).

  • Quel est le flux habituel qui permet au final d’obtenir une édition vidéo : vous contactez les ayant-droits pour sécuriser les droits d’exploitation, puis vous partez à la recherche du matériel existant, etc. ?

En général, quand nous nous mettons en contact avec les ayants droit, nous avons déjà analysé (ou travaillons à analyser) la situation au niveau du matériel disponible, que ce soit un master HD déjà utilisable ou s’il nous faudra en créer un. Ensuite, nous travaillons sur le matériel (soit pour le vérifier et le peaufiner, soit pour effectuer la restauration complète), désignons un producteur au sein de notre équipe afin de gérer les recherches d’éléments, développer les contenus, les visuels et le livret. Le résultat passe alors dans les mains de notre équipe d’encodage et de designers pour finaliser respectivement le(s) disque(s) et les visuels. Et enfin, tout cela part chez notre fabricant et finit ensuite chez les revendeurs.

Évidemment, dit comme ça, ça parait être un processus simple, mais chaque étape a son propre processus, et au final, cela représente de nombreuses étapes, personnes, artistes, ayants droit, etc.

  • Accès aux catalogues : il y a un certain éclectisme chez Arrow, où on peut trouver du Chuck Norris et du Fulci à côté de Salvatore Giuliano et des films de Borowczyk. Comment choisissez-vous les titres dont vous chassez les droits ?

Nos choix reflètent les goûts de notre équipe, qui sont très éclectiques et différents les uns des autres, donc c’est assez sympathique que Fellini puisse côtoyer Fulci ! Les éditions de nouveaux films proviennent aussi de propositions de nos fans et nous les prenons très au sérieux et les suivons avec attention (même si nous n’y répondons pas toujours publiquement). Ces propositions nous aident fréquemment dans nos décisions d’acquérir tel ou tel film.

Évidemment, tout dépend aussi des restaurations déjà disponibles, comme les récentes restaurations 4K de Salvatore Giuliano, Thief, 3 Women et My Darling Clementine. Dans le cas des films que nous restaurons en interne, cela dépend plutôt des éléments disponibles. Par exemple, pour Dr Jekyll et les femmes, Blood and Black Lace ou La grande bouffe, les négatifs originaux étaient accessibles.

Ensuite, il y a parfois une complexité supplémentaire : certains ayants droit n’autorisent pas le matériel à sortir de leur pays d’origine (c’est le cas des 3 titres cités plus haut), ce qui peut ajouter un surcoût ou des délais supplémentaires. D’autres ayants droit ou producteurs insistent pour utiliser tel laboratoire plutôt que tel autre, et si ce n’est pas un laboratoire avec lequel nous travaillons (pour des questions de coûts ou d’équipement), alors nous devons refuser certains titres.

  • À quels catalogues avez-vous accès ?

Nous essayons d’éditer des films provenant de librairies indépendantes et de studios variés. Par exemple, nous avons pu éditer des films provenant de MGM, 20th Century Fox et Universal pour les USA, et Toho, Toei et Nikkatsu pour le Japon. Cela nous permet de mélanger des films plutôt connus à des choix plus personnels, et des films comme les Stray Cat Rock finissent ainsi aux côtés des Aventures de Jack Burton, ce qui est plutôt sympathique.

Il y a cependant des studios qui refusent de licencier leurs films en Angleterre comme Disney, Sony et Warner notamment, mais ce ne sont pas les seuls.

  • Identité du produit : Face à la fragilité actuelle du marché physique, certains éditeurs se sont orientés vers des produits plutôt Premium avec des combos BR + DVD + livre de 100 pages ou plus (comme vous-mêmes chez Arrow, mais aussi Wild Side en France), ou alors des éditions limitées qui stimulent les ventes dès les 1eres annonces (comme Arrow à nouveau, mais aussi BFI). D’autres ont choisi plutôt de sortir des titres à bas prix pour faire du volume plutôt que de la marge (Gaumont avec sa collection Découverte, notamment). Quelle est votre point de vue sur ces 2 stratégies ? Est-ce que le système des éditions limitées fonctionne chez Arrow en terme de retour sur ventes ?

Nous avons toujours été orientés vers des produits Premium (nouveaux visuels, packaging spéciaux, livrets, nouveaux masters et masters, et évidemment, des tonnes de bonus) donc cela paraissait logique de continuer dans cette optique plutôt que d’aller vers des éditions simples qui seraient en opposition avec notre identité.

Faire des éditions limitées semble fonctionner pour nous : cela nous permet de continuer de faire notre travail sans sacrifier la qualité tout en gérant efficacement nos niveaux de stocks. Cela sert des consommateurs qui ne seraient pas intéressés par les livrets et packagings élaborés : ils peuvent alors simplement attendre la sortie de l’édition plus simple vendue à un plus bas prix. C’est quelque chose que nous avions déjà fait il y a longtemps, en 2010, avec Battle Royale. Ce n’est donc qu’un développement de cette façon de penser.

L’audience pour ces films est large en termes de préférences : certains souhaitent avoir un maximum de contenu alors que d’autres ne sont pas vraiment intéressés par les bonus ou les livrets et sont simplement contents de voir le film dans de bonnes conditions. Ainsi, on peut servir les différents consommateurs de cette façon et nous espérons que chacun peut y trouver son bonheur !

  • Certains éditeurs (en Angleterre notamment) incluent des livrets dans leurs éditions, même standards. Comment les livrets impactent vos projets et leurs budgets ?

Les livrets sont très onéreux à produire car ils sont imprimés en petits lots (habituellement quelques milliers au moment de la sortie, et ensuite par lots de 1000 si nécessaire). Cela peut donc constituer une part importante du budget pour une sortie donnée, mais nous savons que nos livrets font partie intégrante de notre identité. Ce sont des bonus substantiels importants aux yeux de nombreux consommateurs.

Le contenu de ces livrets ne peut pas, le plus souvent, être mis sur disque, ce qui en fait un excellent complément quand les personnes impliquées dans la fabrication d’un film ne peuvent ou ne veulent pas être interviewées. On peut alors se tourner plutôt vers des entretiens d’époque, des notes de productions, des articles ou des critiques des films, tous constituant des éléments importants dans l’histoire et l’impact d’un film. Tout ceci nous conforte dans l’idée que les livrets peuvent donc être aussi importants que les bonus vidéo, et nous ne voudrons jamais nous en séparer complètement, mais il faut se rendre à l’évidence : il devient de plus en plus difficile de continuer à produire ce contenu en si faible quantité alors que les coûts de production augmentent. Quand il s’agit de conserver les livrets de sorties plus anciennes lors de repressages, il faut aussi tenir compte du prix de vente qui baisse progressivement.

  • Vous proposez systématiquement des visuels alternatifs pour vos sorties Arrow Video et Arrow Academy (cela allait jusque 3 alternatives par le passé). Pourquoi cette idée ?

Au sujet de nos visuels : l’idée est de rendre nos éditions uniques. Utiliser un visuel clé d’origine (un poster d’époque très connu, par exemple) va souvent capturer magnifiquement un film et le replacer dans une certaine période par son style, c’est ça qui est vraiment bien, mais cela n’apporte pas quelque chose de fondamentalement neuf non plus : certains pourraient dire que n’utiliser qu’un poster original tel quel peut faire fainéant ou vu et revu. Certains visuels originaux sont formidables, mais c’est toujours intéressant de trouver de nouvelles approches sur les films, trouver de nouveaux talents et, au final, donner aux gens plusieurs options. Certains visuels originaux sont clairement fantastiques. On les regarde et on se dit « c’est ce qu’on veut utiliser ». Mais il y a souvent d’autres visuels qui sont tout aussi merveilleux et qui nous font hésiter, et on se demande quel visuel les gens préféreraient et c’est assez excitant.

  • Comment choisissez-vous les artistes qui vont dessiner les nouveaux visuels ?

Nous travaillons en collaboration avec de nombreux artistes et apprenons progressivement leurs préférences et leur style. Parfois, il arrive que certaines choses ne fonctionnent pas comme prévu, auquel cas il faut radicalement changer de direction, mais au final, cela n’arrive que rarement.

  • Avez-vous prévu de rendre public certains nouveaux visuels non exploités dans le produit final, comme le fait souvent Criterion ?

Nous avons une fois inclus les visuels conceptuels comme bonus (dans le livret de l’édition limitée de Battle Royale) mais nous n’avons pas prévu de généraliser cela ou rendre public d’autres visuels conceptuels pour le moment. Ce n’est pas que nous ne voulons pas qu’ils soient accessibles, mais ce n’est simplement pas une priorité pour nous : nous sommes trop occupés à préparer nos sorties !

  • Bonus : Quelle est votre approche vis-à-vis des bonus ? Comment choisissez-vous quel type de bonus produire (plutôt analytique ? rétrospectif ?) et leur quantité (« pour tel film, nous nous contenterons d’utiliser ce qui est disponible, pour tel autre nous allons créer une tonne de nouveaux suppléments ») ? Comment les concevez-vous de manière pratique ? Évidemment, je suppose que tout ceci a un coût (tant en terme de budget financier que de ressources humaines). Quelle part du budget d’une édition les bonus représentent-ils ?

La 1ere considération est le budget : si nous savons qu’un film est populaire, le budget sera plus grand et nous pourrons alors déterminer quel contenu nous pouvons créer. Mais un gros budget ne veut pas forcément dire plus de contenu : certaines personnes ne sont pas toujours disponibles, ne veulent pas s’exprimer sur le sujet, ou alors le film est trop peu connu pour pouvoir trouver beaucoup d’intervenants. Quand tout le cast et l’équipe d’un film sont décédés et qu’il n’est pas possible de proposer grand-chose sous peine de risquer la redondance avec ce qui est déjà disponible, même avec un budget conséquent, que voulez-vous faire ? Dans ces cas-là, nous nous tournons alors plutôt vers des films complémentaires (longs, moyens ou courts) ou des documentaires pas forcément 100% liés au film principal.

À l’opposé, certains films très obscurs n’ont qu’un petit budget mais tout le monde veut aider. Par exemple, le projet du coffret Walerian Borowczyk n’a clairement pas reçu de gros budgets, mais le volume conséquent de suppléments est venu à travers le dévouement de toutes les personnes impliquées dans le projet.

Au final, c’est quelque chose qui varie énormément d’un projet à un autre, donc il est difficile de donner un pourcentage du budget affecté aux bonus (d’autant que nous ne calculons pas vraiment de cette façon).

Choix techniques et zonage

  • Choix techniques : comment gérez-vous la qualité des masters HD que vous recevez ? Avez-vous la possibilité d’en refuser si vous les jugez insuffisants ? On se souvient des 1ers Blu Rays édités par Arrow (comme Ténèbres, House by the Cemetary ou Battle Royale) qui étaient clairement tirés de masters HD à la qualité discutable.

C’est un souci très complexe à gérer car il arrive très souvent qu’Arrow n’ait pas le contrôle du matériel qu’on reçoit. Aujourd’hui, nous essayons de nous protéger un maximum de recevoir du matériel problématique, notamment en créant nous-mêmes nos masters HD quand cela nous est permis. Cependant, ce n’est pas si fréquent car quand l’ayant droit a déjà créé un master HD, il préfère évidemment forcer l’usage de ce master HD afin de le rentabiliser plutôt que de voir apparaître un master concurrent.

James White (responsable des restaurations et de la technique chez Arrow) vérifie que notre matériel suit nos standards élevés de qualité. Vous avez certainement vu son nom dans nos livrets, nos crédits de restauration ainsi que le module sur la restauration de Pit Stop qui détaille le travail effectué sur ce film. Ce travail qualitatif nous a permis de gagner de nombreux prix (ndR : récemment, le coffret Walerian Borowczyk a notamment gagné le Focal International Award du meilleur projet de restauration) ainsi qu’une réputation très positive. Mais à nouveau, il reste fréquent que le matériel soit hors de notre contrôle, et il faut faire avec ce que l’on reçoit.

Dans l’ensemble, je pense que nos récentes éditions sont un bon indicateur des sorties à venir chez Arrow, et comme nous préparons en ce moment plus de restaurations que jamais, il est certain qu’il faut vous attendre à de plus en plus de sorties du calibre de Zombie Flesh Eaters. Rien qu’au moment de l’écriture de cet entretien, nous avons des restaurations exclusivement préparées par Arrow de Milano Calibro 9, Contamination, Cemetery Without Crosses, Eaten Alive, La grande bouffe, Blood Rage, et bien d’autres encore !

  • De nombreux films sont édités en Blu Ray en France à la mauvaise vitesse (1080i50, soit 25 images / seconde), et parfois avec des pistes sons avec pertes (Dolby Digital ou DTS, au lieu de DTS HD MA, LPCM ou Dolby TrueHD). Cela ressemble de plus en plus à un problème très franco-français. Les Blu Rays Arrow n’ont jamais ce type de problème. Est-ce que ce respect impacte votre gestion de projets ? Vos budgets ?

Produire des Blu Rays à en 1080p24 avec des pistes sons sans perte n’a aucun impact significatif sur nos coûts. Cependant, chaque distributeur a des exigences différentes, différents laboratoires, etc., donc cela varie certainement d’un éditeur à un autre.

  • Tournant : pour beaucoup, l’édition de Zombie Flesh Eaters apparait comme un tournant chez Arrow en terme de qualité technique. Depuis ce moment, il y a une plus grande constance dans la qualité des matériels exploités ainsi que dans les contrôles qualité. Cette sortie a aussi été le point de départ de restaurations Made in Arrow comme celles de Pit Stop, Time Bandits et Blood and Black Lace. Que s’est-il passé à ce moment-là chez Arrow pour créer une telle différence dans la qualité des produits finis ? Il semble que l’époque de ces masters HD douteux soit révolue. Est-ce définitivement le cas ? Ou est-ce plus simplement que ces titres sont aujourd’hui édités et vous êtes passés à d’autres titres qui s’avèrent plus souvent tirés de masters HD satisfaisants ?

Ce tournant provient de nombreux changements survenus dans les mêmes moments : nous avons épuisé de nombreuses licences liées à des masters hors de notre contrôle, nous avons embauché James White pour superviser la restauration de Zombie Flesh Eaters et d’autres films, et nous avons commencé à licencier des films plus importants et plus ambitieux pour notre librairie. Un autre changement était celui lié à notre packaging, où nous nous sommes concentrés sur des contenus différents d’avant : des livrets plus épais, de nouveaux artistes, etc. Enfin, les autres membres de l’équipe ont eux aussi offert des contributions importantes dans notre travail. Avec l’équipe actuelle, j’ai la sensation que les choses ne vont qu’aller de mieux en mieux.

  • Gestions des droits et positionnement international : Arrow a édité de nombreuses exclusivités enviées à travers le monde (The ‘Burbs, Blood and Black Lace, les films de Borowczyk, etc). L’import représente quelle part de vos ventes ?

Nous n’avons pas de données sur le volume de ventes fait en import. Il est impossible de tracer cela car les vendeurs ne permettent pas d’avoir ce type de données sous la main, mais je pense que cette part est bien plus petite que ce que beaucoup pensent.

  • Quelle est votre vue sur le blocage régional (A, B et C sur les Blu Rays, de 1 à 6 sur les DVDs) et les sous-titres forcés ? Ce sont 2 choses souvent imposées contractuellement aux éditeurs et de nombreux consommateurs voient ces obligations comme une façon d’inutilement sur-cloisonner le marché, quelque chose qui devient de moins en moins compréhensible et donc de plus en plus gênant pour le consommateur final.

Le blocage régional est effectivement une obligation contractuelle et nous ne pouvons pas passer outre : si nous pouvions l’éviter, nous le ferions. Forcer les sous-titres est une contrainte similaire, mais nous arrivons beaucoup plus souvent à l’éviter. Ces contraintes vont d’ailleurs en empirant : les gens veulent un marché ouvert (et les gouvernements et l’Union européenne vont dans ce sens) mais les ayants droit et les agents ne laisseront jamais cela arriver.

Collaborations, communication, ventes et avenir

  • Carlotta : Arrow semble avoir une relation très fructueuse avec l’équipe de Carlotta. Comment fonctionne votre relation ? Êtes-vous en contact dès l’étape de recherche de matériel ou est-ce seulement plus tard, quand vous êtes au courant que quelque chose est en préparation ?

Oui, nous travaillons effectivement en étroite collaboration avec Carlotta. Nous les respectons énormément, eux et leur travail. Nous sommes très fréquemment en contact et la relation est très amicale. Nous discutons des projets en cours, de ce sur quoi nous pouvons travailler ensemble et sur comment s’entraider même s’il s’agit d’un projet qui ne sortira pas chez nous et chez eux. Nous sommes des collègues amicaux, et nous aimons aider les collègues avec qui nous avons ce type de relation amicale. C’est ce que font les amis !

  • Pouvons-nous espérer de futures collaborations entre Arrow et Carlotta ?

Vous pouvez définitivement vous attendre à voir plus de collaborations dans le futur. Nous travaillons en ce moment même sur un gros projet très excitant !

  • Médias et consommateurs : à l’époque de l’internet 3.0, certains éditeurs ont une présence accrue sur les réseaux sociaux (surtout Facebook et Twitter), et certains ont même une présence directe sur des forums spécialisés (Soda Pictures et Masters of Cinema sur blu-ray.com, Gaumont sur DVD Classik). Cependant, ce n’est pas le cas pour la majorité des éditeurs. Pensez-vous que cette présence est importante ? Par quel biais prenez-vous en compte les retours de vos consommateurs ?

Pour nous, cette présence sur les forums et les réseaux sociaux est vitale. Je pense que c’est là qu’une majorité de nos clients se renseignent et y viennent trouver des tests, des annonces et les dernières nouvelles. Nous suivons donc ces endroits avec attention pour y compiler les retours des gens sur nos sorties, ce qu’ils aimeraient voir et quelles sont les tendances. Il y a derrière cette attention l’espoir que cela nous permette de réagir correctement aux attentes des gens sans forcément avoir à les contacter directement. Une idée de sortie apparait, nous arrivons à lancer le projet, et au final, le flux de demandes confirme que cela correspond à une véritable attente. C’est pour ça qu’il est toujours gratifiant pour nous quand des consommateurs nous demandent « vous devriez sortir tel film » et que nous sommes en fait déjà en train de travailler dessus : c’est probablement grâce à ce suivi !

  • Ventes : quelles sont vos meilleures et plus mauvaises ventes ?

Il n’y a pas de vraie surprise dans les meilleures ventes : les éditions sorties il y a déjà quelques temps ont eu du temps pour se vendre, et on trouve ainsi en tête des ventes des films comme Dawn of the Dead, Day of the Dead, Battle Royale et Caligula. Il y a aussi Demons, Zombie Flesh Eaters et Les aventures de Jack Burton.

Parmi les plus mauvaises ventes, il y a évidemment Hell Comes To Frogtown et Hellgate, mais c’était anticipé : nous n’avons pressé que 1000 copies, elles se sont toutes vendues, et voilà. Ces 2 éditions ont donc fait exactement les ventes prévues. Par contre, d’autres mauvais chiffres ont été plus surprenants. Une vraie surprise pour moi a été White of the Eye, qui ne s’est vraiment pas vendu comme je l’espérais malgré le fait que le film n’avait jamais été disponible en DVD en Angleterre auparavant, et encore moins en Blu Ray. Je pense que c’est un film certes difficile mais brillant et unique, donc j’espère que les ventes se construiront sur le long terme !

  • Quel est l’objectif typique de vente visé par Arrow pour atteindre l’équilibre budgétaire ? Est-il souvent atteint ?

C’est différent pour chaque titre, parce que les budgets, les coûts et les droits diffèrent, donc il n’y a pas de chiffres typiques. Ce que je peux dire cependant, c’est que nous atteignons le plus souvent des chiffres satisfaisants. Parfois, il arrive que les choses se corsent, et plus rarement encore que les ventes ne décollent vraiment pas, mais dans l’ensemble, on a une bonne moyenne !

  • Vous avez un site de vente en ligne que vous mettez souvent en avant. Est-ce qu’il fonctionne bien ? Apporte-t-il des clients supplémentaires par rapport à ce que font déjà les revendeurs classiques ? Est-ce qu’il permet de fidéliser les clients ?

C’est difficile à dire car nous ne rapprochons pas les chiffres de ventes du site contre celles des revendeurs classiques. Mais le site est clairement un succès, au point que nous allons le revamper et même créer un nouveau site intégralement dédié à la collection Arrow Video !

  • Est-ce que les Steelbooks apportent des ventes supplémentaires significatives par rapport aux éditions standards (par exemple, pour Rabid ou The ‘Burbs) ?

Oui, c’est le cas, notamment à travers les nombreux sites et forums qui leur sont dédiés. En fait, cela permet de générer une visibilité sur les films en question, ce qui est un facteur clé pour les ventes.

  • Passion et souhait : Quel a été votre projet préféré et pourquoi ? Quel est le projet que vous rêveriez de réaliser ?

De façon surprenante, White of the Eye a été un projet passionnant. Tous les intervenants étaient tellement heureux d’être impliqués dans le projet. Il y a eu le soutien de David Cammell à Kevin MacDonald pour débloquer les droits du formidable documentaire de Chris Rodley, mais aussi l’aide indispensable de Sam Unland, qui a été un soutien incroyable et un vrai guide sur ce projet. Toute notre équipe interne a aussi énormément aidé : James White pour superviser la restauration, David Mackenzie pour son encodage expert et le tournage de l’interview de Larry McConkey, sans compter encore Michael Brooke et Anthony Nield qui nous ont aidés dans d’autres domaines.

Phantom of the Paradise est un autre projet sur lequel j’ai particulièrement aimé travaillé. C’est probablement mon De Palma préféré, et ce fut vraiment excitant de pouvoir retrouver le matériel original avant les modifications apportées au film (pour des questions légales) et de le faire avec l’aide de Ari Kahan, le gestionnaire de Swan Archives (ndR : Swan Archives est LA référence autour du film). En plus de cela, ça a été merveilleux de travailler avec l’immensément généreux Guillermo del Toro pour interviewer son ami et collègue Paul Williams pour ce qui est devenu une interview épique !

Plus récemment, les projets particulièrement passionnants ont été Buckaroo Banzai et Videodrome, mais ce sont des projets encore en cours, donc ils n’ont probablement pas fini de nous passionner !

  • Vision du marché : Quelle est votre vision du marché physique actuel ? Est-ce que vous voyez le DVD disparaitre un jour pour les films ayant des masters HD disponibles et satisfaisants ? Quel est votre point de vue sur l’évolution du marché vers le streaming et la VOD ? Et que pensez-vous du futur format physique (Blu Ray UHD) ?

Je pense que le DVD a eu un marché robuste, et la conversion du marché vers le Blu Ray a été plus lente que prévu, donc le DVD ne va probablement pas disparaitre avant un bon moment. Le challenge est que les médias dématérialisés progressent à une vitesse telle que les 2 formats (DVD et Blu Ray) sont en train d’être dépassés. Les DVDs paraissaient tout de même plus logiques auparavant, avec notamment les ordinateurs qui avaient tous des lecteurs DVDs, mais aujourd’hui, avec la capabilité grandissante des formats dématérialisés et les ordinateurs qui ne paraissent pas avoir besoin de lecteurs Blu Ray, il n’est pas inenvisageable que les 2 formats disparaissent complètement et que le marché migre intégralement vers un contenu en ligne.

Les disques, quel que soit le format, vont devenir un marché de niche et cela se voit déjà. À cause de cette tendance, j’ai du mal à imaginer que le nouveau format 4K/UHD puisse vraiment décoller en terme de ventes. Les DVDs restent importants pour beaucoup de consommateurs donc nous n’allons pas nous en passer, mais le dématérialisé est clairement en pleine percée et nous le voyons devenir le format dominant dans le futur.

  • Ce questionnaire ne serait évidemment pas complet sans la question à 1 million : de nombreux titres ont déjà été annoncés soit officiellement soit à travers vos fameuses cartes postales (cartes qui sont fortement appréciées par votre fan base, d’ailleurs), mais pourriez-vous nous donner des indices pour d’autres sorties 2015-2016 ?

Pour 2015 et 2016, attendez-vous à encore plus de restaurations Made in Arrow, ainsi que des tas de coffrets et des sorties multiples liées à des réalisateurs !

Nous remercions Francesco Simeoni pour son amabilité et l’extrême disponibilité dont il a fait preuve le 10 juin 2015 pour répondre à ces questions.

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