Retour sur le Festival Lumière 2021

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Bien évidemment, le festival Lumière est surtout pour nous l’occasion de bouffer du film de patrimoine, si possible peu visible sinon ou alors nouvellement restauré. Ce fut de nouveau le cas cette année, avec près d’une quinzaine de films au total (16, techniquement), donc 2 avant-premières dont nos critiques ont déjà été publiées ces derniers jours. Voici donc une petite balade au travers de notre programme 2021, avec pour chaque film un court résumé critique, le détail de la traditionelle présentation du film avant sa projection, et enfin un mot sur la restauration. Notre couverture du MIFC (nous n’avons pas chômé pendant ces 5 jours !) fera l’objet d’un article spécifique ultérieurement.

Mercredi 13 octobre

On commence notre festival avec un ciné-concert de Villa Falconieri (Sublimes moments du muet), muet italo-allemand de Richard Oswald et Giulio Antamoro de 1928. Arrivant en fin de période muette, le film déploie quelques jolies idées visuelles, exploitant notamment plutôt bien son décor-titre, tant les intérieurs que les extérieurs, jouant en particulier avec les premiers et arrière-plans. Reste que l’intrigue n’est pas follement passionnante, intrigues amoureuses à tiroir autour d’un poète girouette ne sachant pas choisir. Malgré une interprétation globalement très correcte, cela ne suffit pas à captiver suffisamment, et on finit par trouver le temps long, d’autant que la fin parait un peu expédiée et forcée. Dommage.

Ciné-concert avec accompagnement au piano de Didier Martel, pour une partition très adéquate.

Présentation de la séance par Matteo Pavesi, directeur de la Cinémathèque de Milan, la fournisseuse de cette restauration 2K effectuée à MIC Lab Milan à partir du négatif nitrate cellulose sans intertitres (stocké à Milan) avec intertitres recréés à partir de l’édition italienne du script original (stocké à Turin), et qui est plutôt belle et possède encore beaucoup de défauts physiques (rayures, poussières et pas mal de tremblements du cadre assez intenses). La présentation a surtout re-contextualisé le film dans sa période de fin du muet, ainsi que les carrières de ses deux réalisateurs.

On a enchaîné l’après-midi avec La mort de Belle (Lumière Classics), drame policier plutôt bien réalisé par Edouard Molinaro (loin des comédies populaires plus tardives et qui l’ont rendu célèbre) adapté d’un roman de Georges Simenon, sur un mari fade mais louche, suspect idéal dans la mort d’une jeune fille hébergée depuis quelques mois à la maison. Campé par un Jean Dessailly juste ce qu’il faut de tension intérieure contenue, coincé dans un mariage sans passion, le film retrace aussi en toile de fond le poids de la rumeur se propageant dans un village où tout le monde (évidemment bien sous tous rapports) se connait. Un déroulé efficace, du moins les 60 premières minutes jusqu’au moment où le souffle se relâche un peu et que le film se délite doucement pour en mettre en place son dénouement, qui semble particulièrement expédié.

Présentation du film par Juliette Hochart, directrice du catalogue patrimoine de Studio Canal, qui a d’un côté replacé le film dans le début de filmographie de Molinaro puis discuté un peu technique. Le film s’inscrit en effet dans les efforts de restauration du catalogue Studio Canal, avec ici une très jolie restauration 4K L’immagine Ritrovata sans doute à partir du négatif original. Le film devrait ensuite sortir en combo Blu-ray / DVD chez Coin de mire (comme de nombreux autres titres français du catalogue Canal).

Enfin, la journée s’est conclut avec la projection de The Velvet Underground (Avant-Première), introduite par Thierry Frémaux et une courte vidéo enregistrée à l’occasion par Todd Haynes (qui aurait du être présent mais n’a finalement pas pu venir à Lyon). Vous pouvez déjà lire notre critique détaillée ici.

Jeudi 14 octobre


La journée a commencé sur les chapeaux de roues avec à 10h le double programme Un chien andalou, de Luis Buñuel et Salvador Dali, suivi du Sang des bêtes, de Georges Franju (Grands classiques). Un double programme a priori surprenant mais, comme l’ont expliqué Frederic Bonnaud (directeur de la Cinémathèque Française) et Thierry Frémaux en amorce de la projection, c’est surtout un double programme sous le signe du fantastique : celui de Buñuel et Dali qui font jouer le fantastique dans un décor de réalité, et celui de Franju qui filme le réel comme un film fantastique. Le résultat a décapé, entre le fil de pensées sautant d’une idée à l’autre du Chien andalou et les images ultra brutales des abattoirs parisiens au sortir de la seconde guerre mondiale. Des deux films, c’est prendre peu de risques que de dire que c’est le second qui a marqué directement le public (qui, en majorité, n’avait jamais vu le film – Bonnaud et Frémaux ont souhaité bon courage aux restaurants du coin pour le déjeuner), qui n’a pas pipé mot de tout le film (on a vu par contre un paquet de mains devant les yeux, tandis que notre voisin semblait vivre physiquement chaque coup donné à chaque animal). Il faut dire que le film, autrement plus directement viscéral que le surréalisme d’Un chien andalou, n’a (malheureusement) pas particulièrement pris une ride dans le sens où, si les conditions d’hygiène se sont heureusement améliorée en 70 ans (il fut amusant de discuter avant d’entrer dans la salle avec une personne qui, vu son discours, semblait travailler dans l’élevage ou les lobbys de l’élevage), les métiers des abattoirs restent fondamentalement un métier qu’on a de plus en plus de mal à voir « comme un autre », un point que le film appuie volontairement autant que possible, tout en montrant en parallèle chaque coup de couteau, de massue, chaque animal décapité mais secoué encore de sursauts végétatifs, comme ce ballet de pattes d’agneaux décapités mais se débattant encore comme animées par un esprit de meute voulant s’échapper mais trop tard. Et se charge de nous ramener à ce que l’homme accepte de faire et faire subir « car il faut bien manger et faire manger les autres ».

Un chien andalou a été présenté dans une récente restauration 4K effectuée par Hiventy pour La Cinémathèque française et la Filmoteca Española à partir du négatif nitrate complété par un marron safety. Il subsiste encore quelques défauts physiques mais c’est une belle restauration largement supérieure au master HD disponible jusqu’ici.

Le sang des bêtes a lui été présenté à partir d’une récente restauration 4K effectuée par L’immagine Ritrovata à partir du négatif original. Là aussi, le résultat fut particulièrement convaincant. Jusqu’ici, la meilleure présentation du film pour le public était via la présentation HD incluse sur le Blu-ray Criterion des Yeux sans visage, on peut décemment affirmer que la nouvelle restauration est nettement meilleure.

La matinée s’est finie sur un programme plus léger : Le roi du cirque (Sublimes moments du muet), de Max Linder et Édouard-Émile Violet, moyen-métrage muet accompagné au piano par Serge Bromberg. Excellente comédie burlesque sur fond de décalage social, Linder y incarne un riche fêtard obligé par son oncle à se marier pour se poser, sous peine d’être déshérité. C’est finalement d’une inconnue qu’il tombe amoureux, mais celle-ci s’avère être une artiste de cirque nommée Ketty et notre protagoniste devra alors démontrer ses talents de cirque pour obtenir la main de sa dulcinée. La première moitié du film est centrée sur les tentatives du neveu de s’échapper de la chambre d’hôtel dans laquelle son oncle le confine afin d’aller faire la fête, tandis que la deuxième moitié confirme le titre du film et tourne autour des aventures de Linder pour prouver qu’il pourrait intégrer la troupe de cirque de Ketty. Dans la version de 50 minutes proposée ici (les précédentes versions du film étaient plus courtes et difficiles à suivre tant les parties manquantes trouaient l’histoire), le film va tambour battant, enchainant gag sur gag (parfois l’espace de quelques plans) sans discontinuer et avec assez peu de déchets. Sans forcément d’ambitions visuelles particulièrement visibles (la mise en scène parait surtout fonctionnelle), l’ensemble file ainsi à toute allure et se suit avec beaucoup d’enthousiasme, d’autant que certains gags travaillent une belle inventivité et surtout une belle gestion corporelle de la part de Linder (dont un sublime « glissé-déposé » hors de sa veste de costume).

Une belle réussite présentée ici reconstruite par Lobster à partir de pas moins de 11 éléments différents allant d’un contretype 16mm issu d’une copie argentine à un contretype triacétate suédois, en passant par une copie de 5ème génération avec intertitres ukrainiens dans un état quasi illisible. Serge Bromberg a d’ailleurs passé pas mal de temps à présenter le film dans la carrière de Linder (alors en pleine dépression, sortant d’une tentative de suicide, jaloux maladif de sa nouvelle compagne alors âgée de 16 ans seulement, et qui réussira à se suicider quelques moiss après la sortie du film et emmenant avec lui sa compagne) mais aussi à expliquer le travail de reconstruction et de restauration du film. D’ailleurs, la projection s’est suivie d’une brève présentation du travail effectué par Lobster sur cette restauration, avec une comparaison entre les différentes copies utilisées et leurs états respectifs (expliquant les différences techniques flagrantes au sein du film) et inventoriant aussi la longue liste des archives ayant fourni ces éléments. Le résultat est forcément encore limité pour les plans introuvables hormis dans des copies de copies de copies, mais la majorité du film propose tout de même un rendu visuel admirable compte tenu de ce qu’il y a eu à faire pour en arriver là : la restauration, finalisé en 2021, s’est étalée sur 10 ans, la numérisation des éléments déjà sur 4 ans de 2012 à 2016. Elle inaugure par ailleurs le Projet Linder.

On a continué notre journée avec un autre moyen-métrage, Jofroi (Lumière Classics), 2ème film tourné par Marcel Pagnol et une adaptation d’un texte de Jean Giono dont Nicolas Pagnol, qui a présenté la séance, a indiqué qu’il est à la base bien plus sombre que le film qu’en a tiré Pagnol. On aurait en effet du mal à imaginer qu’il s’agisse à la base d’un texte particulièrement dramatique tant le ton du film de Pagnol est celui de la farce comique. Le point de départ ? Jofroi, un vieillard possédant un verger plus ou moins abandonné, vend celui-ci à Fonse. Jusqu’ici, tout va bien, sauf que Fonse souhaite arracher les arbres qui y sont plantés afin d’y planter du blé, ce qui enrage Jofroi qui refuse de voir ses arbres être arrachés de leur terre et qui décide alors de tout faire pour empêcher Fonse dans ses projets… quitte à menacer de se suicider et d’en faire porter la responsabilité morale à Fonse. Le gag ? Jofroi menace beaucoup, mais peine à concrétiser son acte, toujours découragé par tel ou tel menu contre-temps, mais réussissant tout de même à faire tourner Fonse en bourrique. En maintenant le film à une durée de 52 minutes, Pagnol réussit à ne pas faire durer la blague trop longtemps pour autant, mais prend tout de même le temps de questionner le rapport des uns et des autres à la nature et la terre, entre ceux pensant simplement arracher des arbres en fin de vie pour replanter sur le terrain de nouvelles plantations et ceux estimant que c’est déjà une violence de trop que l’humain fait subir à une nature qui n’en demande pas tant. Le sous-texte reste tout de même assez superficiellement traité, d’autant que le film ne s’apesantit pas particulièrement dessus, mais traite pour autant cela sans juger excessivement les uns ou les autres, faisant planer sur le film une certaine tentative du compromis doux-amer dont la fin, un peu rapide, est un direct prolongement. Un film assez imparfait, notamment dans son interprétation particulièrement inégale (passe encore Vincent Scotto, dans son unique rôle devant la caméra, mais la femme de Fonse ou encore le curé sont mémorablement mauvais) et dans sa mise en scène et surtout son montage un peu approximatif et donnant la sensation d’une théâtralité figée, mais une bonne découverte pour autant.

Le film a été restauré en 4K par Hiventy à partir du négatif original complété par un interpositif pour une séquence, pour un résultat particulièrement plaisant (sauf le son, qui souffre encore de quelques saturations). Nicolas Pagnol a indiqué que Manon des Sources et Ugolin seront les prochains films à ressortir et sont déjà en cours de restauration.

Enfin, la séance du soir fut l’avant-première de The Power of the Dog (Prix Lumière 2021), présentée par Thierry Frémaux et surtout Jane Campion (accompagnée de sa productrice Tanya Seghatchian et son producteur Roger Frappier), et dont vous pouvez lire notre critique ici.

Vendredi 15 octobre

Pas de séance le matin pour cause de MIFC. C’est donc en début d’après-midi que les visionnages ont commencé avec Une affaire de coeur, ou la tragédie d’une employée de PTT (Trésors et curiosités), satire socio-politique de Dusan Makavejev, narrant l’évolution plutôt dramatique d’un nouveau couple sur fond de révolution sexuelle et d’évolution politique dans la Yougoslavie de la fin des 60s. Malgré sa courte durée (1h10), le film peine parfois à conserver un fil directeur captivant et à maintenir ainsi un bon rythme de croisière. C’est dommage car au-delà de ça, l’ensemble est plutôt bien équilibré entre critique sociétale (notamment sur les relations de couples et la place de la femme à cette époque) et séquences plus comiques, le tout saupoudré d’une déconstruction narrative efficacement gérée et entrecoupée de propos de véritables psychologues et criminologues servant une sous-intrigue du film de façon plutôt divertissante par le décalage que ça produit. Pour autant, on en sort avec l’impression d’un film ayant trainé un peu la patte.

Jolie restauration 2K issue de la Cinémathèque Yougoslave et effectuée par A1 Srbija, sans doute à partir du négatif original. Le résultat est peut-être juste légèrement dégrainé. Le souci principal est plutôt du côté du son, qui craque et grésille assez nettement.

Présentation effectuée par Anne-Laure Brénéol et Lionel Ithurralde, de l’éditeur-distributeur Malavida, et qui ont principalement resitué le film dans la filmographie de Makavejev et dans le cinéma est-européen de l’époque.

L’après-midi s’est poursuivi avec le nouveau documentaire de Mark Cousins, The Storms of Jeremy Thomas (Documentaire), qui comme son nom l’indique traite du producteur Jeremy Thomas (producteur entre autres Le dernier empereur de Bernardo Bertolucci ou encore Crash de David Cronenberg). Le postulat de départ de Cousins est moins de proposer un documentaire traditionnel avec tel ou tel intervenant parlant de ses souvenirs ou son expérience avec le sujet du jour, mais de profiter des 4-5 jours de trajet en voiture de Thomas pour aller au festival de Cannes 2019 pour faire le trajet avec lui et stimuler la conversion sous cette forme plus informelle. Cependant, il s’avère assez rapidement qu’il ne s’agira pas tant que ça d’une discussion à deux avec des Go Pro plein la voiture mais d’une forme plus traditionnelle que sur le papier, avec notamment les interventions de Tilda Swinton et Debra Winger et des extraits réguliers de ses productions (Le dernier empereur, Crash, The Dreamers), mais aussi une partie non négligeable couvrant sa présence sur le festival de Cannes 2019. Sur cet aspect, le film déçoit un peu car la bonne idée de départ, qui aurait pu lui conférer une certaine originalité, est finalement plus ou moins abandonnée. Pour autant, le traitement du réalisateur et sa carrière par Cousins reste suffisamment léger, suffisament « informel » pour garder cette spontanéité-là. Il trace ainsi un sillon plus humain que professionnel, accentuant une certaine fantaisie présente chez Thomas et peignant ainsi son portrait par petites touches successives. On pourrait sans doute faire avec moins d’extraits ou moins d’interventions extérieures tant ces images, ces échanges se suffisent en réalité à eux-mêmes pour se faire une idée des « tempêtes » dans le crâne de Thomas et qui l’animent, et c’est probablement là, finalement, la réussite du film : faire beaucoup sans avoir besoin de démultiplier les intervenants, pour un résultat dont la sincérité et la passion sont indéniables.

Séance présentée par Mark Cousins et Jeremy Thomas eux-mêmes, Cousins expliquant la démarche de son documentaire et Thomas faisant principalement des blagues sur ses habitudes culinaires quand il vient à Lyon. Ils ont été rejoints en cours de présentation par un Thierry Frémaux à vélo (ce qui, dans la salle de la Villa Lumière, implique quelques escaliers à descendre) et qui ne voulait absolument pas manquer cette présentation conjointe, Thomas étant un habitué de longue date de Cannes et Cousins y ayant récemment présenté A Story of Film.

Enfin, la journée s’est achevé sur Outrages (Grandes projections) de Brian DePalma, drame de guerre adapté d’un fait de guerre du Vietnam durant lequel des soldats américains se sont vengés de la mort de l’un des leurs en enlevant, violant et tuant une Vietnamienne, puis ont été dénoncé par un de leurs camarades ayant refusé de participer à cette exaction. Pendant la première heure environ, DePalma déploie plutôt bien une ambiance anxiogène soulignant la confusion ambiante, tant logistique, humaine que morale qui régnait parmi les troupes américaines durant la guerre du Vietnam. Le casting participe tout particulièrement à cela, que ce soit John C. Reilly en bênet ne comprenant pas tout à fait ce qui se joue, Don Harvey en psychopathe dont la guerre semble n’être qu’une opportunité de se défouler, et bien sûr Sean Penn en leader charismatique mais partant en vrille. Au milieu de cela, Michael J. Fox se retrouve vite pris entre deux feux, celui d’une guerre sans pitié face à une menace dont l’individualité des personnes est brouillée en un flou général rendant parano mais permettant aussi de soupçonner légitimement tout le monde, et celui de sa morale qui le fait refuser que la guerre en cours puisse devenir le terrain de ce qui n’est plus qu’une simple loi du Talion. Pour autant, malgré la patte technique que met DePalma sur le film (il a beau avoir été tourné dans des conditions assez dures en Thailande, le résultat visuel est aussi léché que d’habitude chez le réalisateur), le film souffre progressivement du surlignage de ces éléments moraux et psychologiques : le spectateur a-t’il besoin qu’on lui sur-explique que ce qui est mal est mal, peu importe le contexte ? Faut-il se farcir ces monologues de Fox explicitant que les soldats ont perdu leur boussole morale ? On peut sans doute faire sans, et en pratique, la présence de ces éléments alourdissent considérablement le film (on pourra d’ailleurs se demander comment le film avait pu être reçu comme pro-meurtriers à l’époque, vu sa position assez claire sur le sujet), le rendant balourd, voire pachydermique. Ce n’est pas aidé par un montage qui fige, rigidifie progressivement les échanges entre les interprètes, comme si des blancs n’avaient pas été coupés. Cela rend cela assez mécanique et surtout très peu fluide, malgré le reste de l’emballage technique (dont la très belle bande originale signée Morricone). Au final, difficile de comprendre les retours très négatifs de l’époque, mais il est tout aussi clair que le film est profondément perfectible.

Copie numérique préparée par Wild Side sans doute à partir du master HD disponible chez Sony et qui sera utilisé pour le Blu-ray à venir chez l’éditeur français. Le résultat est très correct mais on sent que ce master a été préparé il y a de nombreuses années et avec les habitudes techniques de l’époque, notamment une légère mais visible touche d’accentuation artificielle.

Séance présentée par Samuel Blumenfeld, un des premiers à interroger rétrospectivement DePalma sur le film, dans le cadre des entretiens effectués avec Laurent Vachaud et recueillis dans le livre ré-édité il y a quelques années chez Carlotta. Une présentation un peu plus longue que d’habitude (en partie car un peu brouillonne) dans laquelle Blumenfeld a positionné le film dans la filmo de DePalma et dans la 2ème vague de films américains sur la guerre du Vietnam, et où il a aussi discuté du tournage du film et sa réception critique plutôt négative.

Samedi 16 octobre

Après l’habituelle conférence de presse du prix Lumière samedi matin, les séances ont repris l’après-midi avec On l’appelle Trinita (Grandes projections), le « western fayots » d’Enzo Barboni avec le duo Terrence Hill et Bud Spencer. Parodie de western dont l’humour et les bastons rappellent le duo plus franchouillard Astérix et Obélix, c’est avec délectation que nous avons pu constater l’intemporalité des blagues à base de fainéantise aigüe et torgnoles dans la tronche, tant la salle (quasi pleine) fut pliée de bout en bout du film, petits et grands. Il faut dire que malgré sa durée peut-être un peu excessive (1h55 tout de même, pour une histoire qui n’en mérite pas tant), le film enchaîne les blagues et les gags avec un rythme de croisière plutôt élevé et en faisant mouche quasi à chaque fois, parfois avec pourtant trois fois rien. Dès les premières minutes et son déjeuner aux fayots jusqu’à la bataille finale sans queue ni tête où les villageois incapables se transforment en catcheurs de première zone, le film déroule tranquillement jusqu’à son épilogue.

Présentation de la séance par Gian Luca Farinelli, directeur de la Cinémathèque de Bologne (grand pourvoyeur de restaurations, notamment pour Cannes Classics et le Festival Lumière), accompagné de Thierry Frémaux. Une présentation enjouée et amusée autour du film et sa genèse dans l’Italie de la fin des années 60s où le western spaghetti avait pris son envol, avec en running gag les pseudonymes utilisés par des tas d’Italiens pour mieux s’exporter.

Très jolie restauration 4K effectuée en 2019 par L’immagine Ritrovata à partir du négatif original (et si on reconnait la patte du laboratoire côté couleurs, elle est plus légère que d’habitude).

On commence la soirée avec Hard, Fast and Beautiful ! (Femmes cinéastes), film d’Ida Lupino sur une jeune joueuse de tennis se retrouvant manipulée par sa mère et un coach sportif afin de leur permettre de vivre par procuration sous les projecteurs de la gloire et la réussite. Le film est très court et l’était sans doute encore plus à l’origine car il est émaillé de bien longs échanges de tennis, mais au-delà de cette menue astuce pour broder, le film s’avère d’une rare efficacité dans l’écriture de ses personnages, tous extrêmement crédibles comme humains faillibles tiraillés entre leurs aspirations et la réalité dans laquelle ils évoluent. Lupino en profite aussi pour brosser le portrait de femmes coincées à la fois dans les stéréotypes qu’attend d’elles l’Amérique des 50s mais aussi le cliché de l’ascension sociale et financière comme marqueur de la réussite et donc du bonheur. Les rapports de couples y sont dépeints non sans finesse dans les compromis qu’ils impliquent, loin des tableaux dorés que certains films de l’époque peuvent brosser, surtout aux USA où le code Hays battait à plein régime. On regrettera seulement sa fin, un chouia parachutée.

Présentation express du film par Clara et Julia Kuperberg, les deux réalisatrices du documentaire Gentlemen and Miss Lupino, donnant quelques clés de lecture du film et ses sous-textes.

Très jolie restauration 2K effectuée par Lobster à partir d’un scan 5K d’un marron, et dont on pourrait penser qu’elle est basée sur le négatif original vu le résultat à l’écran.


Enfin, la soirée s’est achevée sur Walk on the Wild Side (Lumière Classics), mélodrame tendance film noir réalisé par Edward Dmytryk. Situé en 1930, on y suit les atermoiements amoureux de Dove, qui rencontre Kitty sur le chemin de la Nouvelle-Orléans où il doit retrouver sa fiancée Hallie. Pas de chance pour lui : celle-ci travaille maintenant dans une maison close à la matronne peu commode.

Sur cette trame, Dmytryk démarre plutôt bien son film avec un prologue en extérieur dans lequel Fonda et Harvey font des merveilles. Cependant, le film patine très rapidement une fois arrivé à la Nouvelle-Orléans et s’enfonce dans une mollesse infernale, incapable de créer la moindre tension. Tout semble patauger, prendre bien trop longtemps à avancer, et le récit n’est pas aidé par une structure faisant entrer et sortir les personnages comme bon lui semble. Le film durant tout de même 1h54, le temps parait alors bien long, et même le casting 4 étoiles n’arrive pas à captiver par ce qui se passe à l’écran.

Courte présentation par l’équipe du Festival Lumière.

Restauration 4K effectuée par Sony, sans doute à partir du négatif original, et qui servira au Blu-ray à paraître en novembre chez Wild Side. Une restauration globalement très satisfaisante, même si on soupçonne une touche de dégrainage.

Dimanche 17 octobre

On commence ce dernier jour de festival avec Absence de malice (cycle Sydney Pollack). Un film assez simple en facture autour d’un Paul Newman, assez impérial, neveu d’un gros trafiquant d’alcool de Miami et que l’anti-gang souhaite utiliser pour faire tomber son oncle. Pour cela, la brigade fait fuiter dans un journal, grâce à une journaliste opportuniste (Sally Field), qu’il ferait l’objet d’une enquête, propulsant Newman dans une spirale de rumeurs et autres ostracisations en tout genre. On sent, sur le fond, un film souhaitant pointer les dérives sensationnalistes de la presse, toujours plus prompte à vendre du soupçon que de l’innocence à un public qui est en partie complice car c’est ce qu’il préfère acheter. Le principal problème du film est qu’il est bien trop long pour dérouler cette histoire assez simple, et que pour meubler, il insiste avec ses gros sabots sur ce sous-texte, en rajoutant une, deux, trois couches histoire d’être sûr que les spectateurs aient bien compris. Mais pour cela, le proxy du film est le personnage de Sally Field, personnage manipulé de A à Z tout le long du film par à peu près tout le monde et sans jamais s’en rendre compte. En résulte un personnage qu’on a constamment envie de baffer tellement il est toujours à la ramasse, jusqu’à la révélation finale faisant rouler les yeux « Ah oui tiens, en fait, je me suis faite avoir ». Ah oui, tiens, dis donc. C’est bien long pour en arriver là…

Copie (numérisée) 35mm dans son jus total, avec sous-titres français incrustés, noirs entre les bobines (on a aussi eu droit à la fin de la bobine 3), griffures et poussières dans tous les sens et quelques passages à la mise au point plus qu’approximative. Heureusement, c’était globalement stable (cadre, netteté) et avec des couleurs peut-être un peu excessives mais sinon assez belles et ne paraissant pas passées.

Présentation de la séance effectuée par Juliette Michaud, autrice d’un livre sur Paul Newman récemment paru aux éditions La Martinière, accompagnée de Thierry Frémaux. Tous les deux ont principalement replacé le film dans les carrières respectives de Newman et Pollack.

Enfin, ce Festival Lumière 2021 s’est terminé avec La balance (Grandes projections), policier français réalisé par Bob Swaim en 1982 en pleine flambée du polar à la Française et triplement Césarisé (meilleur film, meilleur acteur pour Philippe Léotard et meilleure actrice pour Nathalie Baye). Dans le film, Léotard et Baye jouent respectivement un repris de justice et sa petite amie prostituée, aux prises avec Richard Berry, chef d’une brigade territoriale voulant leur mettre la pression afin que l’un ou l’autre balance Roger Massina, parrain du quartier de Belleville et sans doute le commanditaire du meurtre de l’indic de Berry. Swaim filme tout cela avec une certaine liberté, tant dans l’ancrage géographique du film (pas vraiment le quartier parisien le plus souvent montré au cinéma) que dans sa tonalité globale, cherchant un réalisme tant dans la banalité des situations (hormis le final, le film est tout de même relativement avare en grands rebondissements sans que cela ne lui nuise) que dans l’écriture des personnages et des dialogues (régulièrement traversés par des réparties comiques plus ou moins cyniques et qui font assez souvent mouche). Le film manque peut-être légèrement de rythme passée la première heure mais s’avère d’une solidité indéniable à de nombreux niveaux, faisant qu’on ne voit pas particulièrement le temps passer.

Restauration 4K effectuée à partir du négatif original par Le Chat qui Fume (probablement chez VDM) pour TF1 Studio. Très joli résultat assez brut au rendu argentique naturel et très précis. On notera tout particulièrement une piste son parfois assez impressionnante pour un film de ce genre et de cet âge.

La séance a été présentée par Bob Swaim, qui s’est attaché à détailler la genèse du film, son immersion pendant un an auprès de commissaires et inspecteurs de police « jusqu’à ce qu’ils se relâchent car je faisais partie des meubles », une immersion peut-être en partie due à son bagage universitaire comme ethnologue. Il a aussi raconté sa rencontre avec des producteurs lui ont laissé une certaine carte blanche, car leurs films précédents avaient tellement engrangé d’argent qu’ils pouvaient se permettre d’en perdre avec celui-ci (une remarque pas forcément très encourageante pour Swaim !), ainsi que le rôle donné à Maurice Ronet, un acteur que Swaim appréciait beaucoup et qui lui a permis d’attacher un nom suffisamment vendeur au projet.

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