Critique Cinéma : The Power of the Dog (Jane Campion)

12 ans (!) après son dernier long-métrage, Bright Star, et après les 2 saisons de Top of the Lake (2013 et 2017), Jane Campion revient au cinéma (en un sens) avec son nouveau film, The Power of the Dog. Pourquoi en un sens ? Car si le Festival Lumière a pu projeter exceptionnellement deux fois le film durant sa tenue, le film est une exclusivité Netflix qui, sauf visa temporaire d’exploitation, sera donc quasi uniquement vu à la maison. Un choix sans doute un peu dommage sur le papier (et l’écran) tant le film, sa photo et ses extérieurs fleurant bon les Grands Extérieurs des westerns américains des 60s (on pense à certains films de la Fox par exemple) parait typiquement fait pour le grand écran (nous reviendrons là dessus plus bas).

Autour d’un quatuor d’interprètes particulièrement remarquable, Jane Campion adapte le livre de Thomas Savage, sur deux frères, l’un plutôt introverti et l’autre à l’inverse excessivement brutal et tyrannique. Le premier rencontre la tenante d’une auberge, veuve d’un suicidé et mère d’un adolescent trop sensible pour le second. S’embarquent alors ces quatre personnes dans un ménage à quatre dont peu ressortiront indemnes.

A ce jeu-là, on pourra trouver d’ailleurs que l’intrigue s’avère finalement, pour un film assez long (2h10), un peu banale. Au fond un récit initiatique assez classique, avec un glissement des leviers de pouvoir d’un personnage à l’autre, là où on peut facilement louer les qualités du film est que cela se fait de façon particulièrement crédible et fluide, appuyé par un casting au diapason. D’ailleurs, s’il est facile d’applaudir les qualités déployées par Benedict Cumberbatch dans son rôle de tyran taciturne cachant un secret, ce sont surtout Jesse Plemons et Kodi Smit-McPhee qui tirent leurs épingles du film, le premier avec une retenue sourde et intense dont on sent une sorte de constante auto-censure, de prise sur soi frustrée par l’absence d’emprise sur les débordements de son frère, le second en abattant efficacement les cartes d’un personnage bien plus ambigu et calculateur qu’il n’y parait.

Le regret proviendra sans doute du personnage de Kirsten Dunst, trop en retrait par rapport au trio masculin et dont les évolutions scénaristiques paraissent traitées de façon trop expéditive pour convaincre. Cela explique en partie le ventre mou du film passée sa première heure, d’une part à cause de son personnage manquant d’ampleur, d’autre part car le film perd aussi du temps à appuyer un transfert de pouvoir entre les personnages alors que celui-ci est facilement compréhensible sans avoir à s’y apesantir excessivement.

L’autre limite du film est que le rythme et le style du film peut sans doute maintenir en partie le spectateur à distance, la faute à une émotion qui peine à percer de la valse à quatre des protagonistes. Si on suit sans déplaisir l’évolution de leurs relations et de leurs psychés, cela reste comme ouaté, lisse et mécanique. C’est dommage car sur le papier, tout est pourtant là pour captiver et marquer un peu plus que ça.

A l’écran par ailleurs, la photo d’Ari Wegner (quoique trop visiblement numérique) couplée aux splendides paysages servant d’extérieurs au film (on conseillera de ne pas regarder où le film a été tourné avant de voir celui-ci) offrent aussi un visuel assez splendide à cette trame narrative, Campions et son équipe offrant plus d’une fois des plans splendides mettant en avant ces paysages immenses, mais aussi des intérieurs tout en zones d’ombres. Difficile de trouver à redire sur cet aspect tant le film regorge d’images visuellement magnifiques et de paysages parfois écrasants.

Au final, si la maîtrise scénaristique et technique du film est indéniable, on pourra légitimement lui trouver quelques éléments discutables, en particulier sa longueur probablement un peu excessive et engourdissante, ainsi que son maintien en partie à distance du spectateur. Pas de quoi cependant compenser les très nombreuses qualités de ce que le film a à proposer.

Note : 7.5 sur 10.

The Power of the Dog, film de Jane Campion avec Benedict Cumberbatch, Jesse Plemons, Kodi Smit-McPhee et Kirsten Dunst. Sortie le 01 décembre 2021 sur Netflix (126 minutes).

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