Critique cinéma : The Velvet Underground (Todd Haynes)

Todd Haynes avait déjà indirectement démontré son intérêt pour la période et une partie de ses courants musicaux avec notamment Velvet Goldmine, film musical glam-rock largement inspiré de David Bowie et Marc Bolan, mais c’est ici sous la forme plus directe d’un documentaire que le réalisateur s’attaque à un monument tendance « étoile filante » du rock underground des 60s avec The Velvet Underground, qui comme son nom l’indique traite du groupe éponyme, de sa formation à sa séparation.

Sur le fond, la structure du film est en fait assez peu surprenante, travaillant principalement dans un ordre chronologique en balayant à la fois la genèse du groupe que l’ambiance de la culture (notamment américaine et new-yorkaise) du début des 60s, sans éviter évidemment la montée en puissance d’Andy Warhol et sa Factory. Le film impressionne surtout dans sa gestion visuelle des nombreuses archives et extraits complémentaires (leur listing dans le générique de fin donne le tournis), tant les extraits en question que leur traitement à l’écran. A grands coups de split-screens mettant en scène voix off ou interviewés (notamment grâce à beaucoup de matériel tourné par Jonas Mekas), ou d’extraits d’oeuvres d’art brassant de Stan Brakhage à Kenneth Anger, c’est l’enrobage technique de Haynes et son équipe qui permet de dynamiser le film et lui donner son caractère mélancolique.

Sans doute les fans du groupe seront à la fois les plus concernés et les moins intérressés par le contenu du film : malgré ces archives puisées en long et en travers, on doute que ceux déjà un peu renseignés sur le groupe apprennent grand chose de nouveau alors qu’il faut dans le même temps un chouia d’informations en main pour voir le film et mieux saisir ce qu’il aborde. Tant humainement que culturellement, c’est sans perdre de temps à recontextualiser dans le détail la période ou les intervenants que le film déroule son histoire, et c’est alors bien plus facile de ne pas s’y perdre quand on a un minimum de cartes en main. Pour autant, les curieux y découvriront, derrière ce qu’ils apprendront, un film fiévreux à la fougue passionnante, rendant tout cela bien plus ludique que bien des documentaires.

Il faut cependant avouer que le déroulé du film parait un peu bancal : prenant énormément de temps à discuter le genèse du groupe, le poids d’Andy Warhol sur son attrait, l’arrivée de Nico, le 1er album et les tensions grandissante entre John Cale et Lou Reed, le film arrive presque à sa fin qu’il reste encore plusieurs albums à traiter, le départ forcé de John Cale, celui de Nico, les albums ultérieurs, la séparation du groupe, sans même aborder ensuite réellement sa postérité puis ses retrouvailles dans les 90s. Ne proposant que quelques images d’un certain apaisement tardif entre les différents membres du groupe dans un coda final cathartique, ces vingt dernières minutes de film paraissent immensément expédiées et la structure générale du film très déséquilibrée.

Un reproche qui ne serait cependant amenuiser l’intérêt et la force audio-visuelle de tout ce qui a précédé, des poses fixes en noir et blanc des screens test de Reed et Cale, de la musique intemporelle du groupe, la voix de Reed, les mélodies dronesques de Cale, les interventions d’un oeil presque extérieur de la batteuse Maureen Tucker, les quelques mots élogieux de David Bowie, dans un kaleidoscope sensoriel cherchant aussi à décrire le pouls de cette époque à ces endroits.

Note : 8 sur 10.

The Velvet Underground, documentaire de Todd Haynes, sorti le 15 octobre 2021 sur Apple TV (120 minutes).

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