Critique : Possessor (Brandon Cronenberg / 2020)

9 ans (déjà !) après Antiviral, Brandon Cronenberg revient avec Possessor, un deuxième thriller technologique d’où il est de nouveau difficile de ne pas faire le lien avec les thématiques du body horror existentialistes qui parsemaient la filmographie de son père. Sur un thème qui ne jurerait pas dans une saison de Black Mirror, le réalisateur-scénariste déploie une intrigue constamment anxiogène, ambiance à laquelle s’ajoute une violence graphique dont le film ne se détourne jamais, quitte parfois à sembler s’y complaire un peu.

Le postulat de départ ? Dans un passé (léger : 2008) alternatif, on suit Tasya Vos (excellente Andrea Riseborough), une tueuse à gages capable de prendre le contrôle d’autres personnes pour éliminer les cibles de son organisation avant de pousser son hôte au suicide afin de faire disparaître ses traces. Sa nouvelle mission : éliminer un magnat de la Big Tech tendance Big Brother (Sean Bean), en prenant possession de son gendre (Christopher Abbott). Malheureusement, à force de se fondre dans la personnalité de ses hôtes, Tasya finit par prendre sa propre personnalité comme une mission à remplir, et sa famille comme autant de personnes à tromper.

Plus sobre visuellement et narrativement qu’Antiviral, Possessor s’avère une oeuvre bien plus maîtrisée sur virtuellement toute la ligne. S’il restera sans doute, notamment de par son caractère très graphique, limité aux initiés et amateurs du genre, il serait dommage de passer à côté d’un film aussi organiquement cohérent. Esthétique, narration, rythme et interprétations sont en effet tous d’une efficacité impressionnante et passionnante, choquant autant que questionnant le rapport à notre définition de nous-même et dans quelle mesure elle est moins la nôtre que le miroir que nous renvoie nos proches.

L’autre élément fascinant est de voir dans le film une lecture cynique de nos rapports aux autres : nous libèrent-ils ou nous enchaînent-ils ? La boucle décrite par Tasya semble aller dans le sens d’un certain nihilisme, où la meilleure manière d’avancer dans une société voyeuriste et individualiste serait peut-être de s’y conformer, de nous libérer de nos ancrages émotionnels pour mieux nous émanciper en tant qu’être unique. Sans forcément apporter une réponse concrète, ni une analyse particulièrement profonde, le film offre cependant un prisme de lecture joliment distillé au long du film, sans didactisme forcené ni dilettantisme fainéant. Intégré tant dans la psychologie des personnages que dans les effets visuels, Possessor le parsème cependant de manière très payante, tout en se permettant quelques effets de mise en scène bien sentis.

Au final, malgré peut-être un petit ventre mou vers le milieu du film, Possessor offre une expérience visuelle maîtrisée de part en part, confirmant les promesses entrevues dans Antiviral quant aux capacités de Brandon Cronenberg.

Sortant en Blu-ray le 14 avril 2021 chez l’éditeur Lonesome Bear et dans son montage non-censuré, l’édition vidéo embarque 4 suppléments couvrant la production du film :

  • Crise d’identité (14 min 40) : making of faisant le tour de l’univers et l’écriture des personnages
  • Scènes coupées (8 min 57)
  • Réalité augmentée (10 min 27) : un module sur les décors et la photographie du film
  • Des trucages bien réels (12 min 09) : module sur les effets spéciaux artisanaux du film

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